À 90 ans, l’archevêque Desmond Tutu, icône de la lutte anti-apartheid, n’est plus

L’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, icône de la lutte contre l’apartheid et prix Nobel de la Paix en 1984, est mort dimanche 26 décembre à l’âge de 90 ans, a annoncé le président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa. Dans un communiqué, le chef d’Etat exprime, « au nom de tous les Sud-Africains, sa profonde tristesse après le décès » de cette figure essentielle de l’histoire sud-africaine. Desmond Tutu était le dernier de cette génération d’icônes de la lutte contre l’apartheid encore en vie. « Le décès de l’archevêque émérite Desmond Tutu est un nouveau chapitre de deuil dans l’adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée », a ajouté le président.

Surnommé « The Arch » par les Sud-Africains, Desmond Tutu était affaibli depuis plusieurs mois. Il ne parlait plus en public mais saluait toujours les caméras présentes à chacun de ses déplacements. Avec, la plupart du temps, un sourire ou un regard malicieux, comme lors de son vaccin contre le Covid-19 dans un hôpital, ou lors de l’office au Cap pour célébrer ses 90 ans en octobre.

Le père de la « Nation arc-en-ciel »

C’est à Desmond Tutu que l’on doit le surnom « Nation arc-en-ciel » donné à l’Afrique du Sud. Après l’avènement de la démocratie en 1994, et l’élection de son ami Nelson Mandela à la tête du pays, l’homme d’Eglise avait présidé la Commission vérité et réconciliation (TRC) qui, espérait-il, devait permettre de tourner la page de la haine raciale.

Desmond Tutu avait acquis sa notoriété aux pires heures du régime raciste de l’apartheid. Alors prêtre, il organise des marches pacifiques contre la ségrégation et plaide pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria. A la différence de nombreux autres militants, il échappe à la prison, épargné par son statut d’ecclésiastique. C’est ce combat non violent qui a été couronné du prix Nobel de la paix en 1984.

Il avait dénoncé les dérives de l’ANC

Après la fin de l’apartheid, ses espoirs sont vite déçus. La majorité noire a acquis le droit de vote, mais reste largement pauvre. Fidèle à ses engagements, Desmond Tutu devient le pourfendeur des dérives du gouvernement du Congrès national africain (ANC), critiquant les errements de l’ancien président Thabo Mbeki dans la lutte contre le sida mais aussi la corruption. En 2013, il promet même de ne plus jamais voter pour le parti qui a triomphé de l’apartheid. « Je n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi », déplore-t-il alors.

S’ils ont inspiré les foules, les engagements de Desmond Tutu ont aussi beaucoup irrité. Son église anglicane par exemple, quand il défendait les droits des homosexuels (« je ne pourrais pas vénérer un Dieu homophobe ») ou, plus récemment, le droit de mourir dignement. La Chine aussi, chaque fois qu’il prenait partie pour le Dalaï Lama.

La dernière fois que le pays avait eu de ses nouvelles, c’était le 1er novembre. Loin des regards, il avait voté aux élections locales.

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