Cameroun: procès sous haute tension de l’opposant, Maurice Kamto

Maurice Kamto, le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), en août 2018.

Au fur et à mesure que le taxi se rapproche du tribunal militaire de Yaoundé, dans la capitale du Cameroun, la présence policière s’intensifie. Un dispositif inhabituel, souligne le chauffeur qui relève la présence aux carrefours de dizaines de policiers antiémeute. Ce vendredi 6 septembre, Yaoundé ressemble à une ville assiégée pour l’ouverture du procès de Maurice Kamto, principal opposant du Cameroun, emprisonné depuis le 28 janvier 2019.

Le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), arrivé officiellement deuxième lors de l’élection présidentielle d’octobre 2018 – mais qui revendique depuis sa victoire –, ainsi que 91 autres militants et responsables de ce parti d’opposition sont accusés, entre autres, par l’Etat du Cameroun, de « rébellion », d’« insurrection », d’« hostilité contre la patrie », et d’« outrage au président de la République », Paul Biya, régulièrement réélu à la tête du pays depuis 1982. Ils encourent la peine de mort.

Devant l’entrée du tribunal, les militants venus soutenir leur « président », sont vite refoulés par les policiers et les gendarmes qui assurent la sécurité. La même scène se répète à plusieurs reprises. Des journalistes de la presse nationale et internationale sont aussi interdits d’accès dans l’enceinte du tribunal. « Seuls ceux accrédités peuvent entrer », renseigne un commissaire, en citant les médias gouvernementaux et ceux proches du gouvernement. Le Monde restera dehors. Comme l’Agence France-Presse (AFP).

« Le Monde Afrique » refoulé

Pourtant, quelques jours plus tôt, Maurice Kamto, Christian Penda Ekoka, ancien conseiller économique à la présidence de la République passé dans l’opposition, le célèbre rappeur Valsero et les autres prévenus conditionnaient leur présence au procès par son ouverture au public ainsi qu’aux médias nationaux et internationaux.

La colère monte d’ailleurs au sein des militants refoulés qui entonnent un « Kamto président », que la police fait taire par la dispersion. Au moins deux d’entre eux auraient été arrêtés, assurent les avocats. « Plus le gouvernement refoule les gens, plus il montre qu’il a quelque chose à cacher. En face, on a des militants passionnés et qui sont prêts à tout pour ce en quoi ils croient », remarque un journaliste, correspondant d’un média international… Et les avocats dénoncent une salle d’audience « remplie de militaires déguisés en civil ».

En quelques minutes, toutes les voies menant au tribunal sont bloquées. Des barricades sont installées pour que le filtrage des entrées s’opère à plus de 200 mètres du palais de justice. A 10 h 22, les premiers prisonniers arrivent dans un camion, en scandant des chants à la gloire du parti et du Cameroun, et une heure plus tard le véhicule transportant Maurice Kamto et le reste des prévenus, s’avance, sous forte escorte policière.

Audience suspendue

Dans une salle d’audience « exiguë et très mal aérée », selon le secrétaire général du MRC, Me Christopher Ndong, l’un des avocats du collectif de la défense observe que « le procès, commencé après 12 heures est vite suspendu pour une heure, car Christian Penda Ekoka s’est évanoui ».

M. Penda Ekoka est finalement transféré dans un centre de santé et ce malaise pousse la présidente du tribunal à renvoyer l’affaire au 8 octobre. Les avocats demandent un changement de salle sans obtenir de réponse à leur requête.

« Nous, avocats, étions debout. Si nous devons passer toute la journée debout alors que la partie d’en face est assise, je crois qu’il y a une sorte de déséquilibre. Et je n’aborde même pas l’état de santé des autres prisonniers », s’indigne Me Sylvain Souop, coordonnateur du collectif des avocats de la défense, qui qualifie la salle d’audience d’« étouffante ».

A ces conditions qualifiées d’inhumaines dénoncées par au moins quatre avocats rencontrés par Le Monde Afrique s’ajoutent les interrogations sur le fond. « Est-ce que pour avoir marché au Cameroun, on doit se retrouver devant un tribunal militaire ? », s’interroge Me Souop, qui précise qu’ils ont engagé près de 500 procédures dont 250 d’habeas corpus, toutes rejetées par la justice camerounaise.

« Nous menons un combat juste, insiste Serge Eric Dzou, coordonnateur national de l’Académie de la renaissance du MRC. Un combat pour tous les Camerounais. Un combat pour améliorer notre société. Nous n’avons plus peur des intimidations », plaide l’homme venu assister au procès et déposer en tant que témoin.

500 procédures engagées

Arborant une barbe de plusieurs jours, le jeune homme de 32 ans, docteur en sciences politiques, fait partie des témoins de la défense et se mobilise « chaque jour » pour montrer aux jeunes Camerounais, qui constituent plus de la moitié de la population, « la raison pour laquelle il faut se battre pour son avenir ».

D’après les responsables du parti, les inscriptions sont de plus en plus « nombreuses » et les militants « déterminés à offrir un meilleur Cameroun aux générations futures ». Ils prennent comme indicateur les contributions financières, qui n’ont pas baissé. Depuis huit mois, Okala Ebode, trésorier national adjoint du MRC, assure que plus de 40 000 repas ont été distribués aux prisonniers, leurs soins médicaux pris en charge. « C’est la contribution de la résistance. C’est un carburant inestimable, qui nous montre que nous sommes sur le bon chemin », souligne le trésorier adjoint.

De leur côté, les avocats ont envoyé une requête au tribunal pour lui demander de rendre le procès public, afin de « cesser d’être cette justice aux ordres, et de dire le droit, rien que le droit ».

 

AfroActu.com 

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