Casamance: n’est-il pas temps d’arrêter de négocier et de prendre les armes ? (Par Mohamed Dia) 

 

Riche de tourisme et de terres fertiles, la Casamance est entourée par la Gambie et la Guinée-Bissau. Cette région, qui représente 15 % de la superficie du Sénégal, a toujours utilisé ces deux pays politiquement instables comme base. On peut noter que ce mouvement est affaibli par plusieurs factions et cela s’est accentué après la mort de l’abbé Diamacoune. Durant l’Indépendance, le président Senghor avait fait espérer aux leaders Casamançais leur propre autonomie. Au lieu de l’Indépendance qui leur était « promise », ils ont plutôt reçu des fonctionnaires venus du Nord et des terres leur avaient été octroyées pour cultiver l’arachide et contrôler le commerce. La politique du président Senghor consistant à nommer dans cette province des fonctionnaires du nord du pays, et c’était perçue comme une seconde colonisation. Les indépendantistes estiment que leur région, ancienne colonie portugaise rattachée en 1866 à la colonie française du Sénégal, est brimée par le pouvoir central. C’était la goutte de trop et cela déclencha un conflit armé qui fera plusieurs blessés et des déplacés. C’est ainsi qu’un mouvement est né en 1982 appelé le mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Déjà qu’en 1980, l’abbé Diamacoune, aussi appelé papa Koulimpi, avait écrit à l’ex-président sénégalais Léopold Sédar Senghor pour réclamer l’indépendance de la Casamance.

Le but de cette tribune n’est pas de revenir en détail sur la trajectoire de la Casamance depuis le moment colonial, mais plutôt de comprendre pourquoi le conflit ne fait que s’intensifier. Est-ce que c’est dû au fait que la Casamance se différencie ethniquement et religieusement du reste du territoire par sa population ? Ou bien c’est dû au fait qu’elle soit enclavée entre la Gambie anglophone et la Guinée-Bissau lusophone ? De nombreuses tentatives de médiation et de solutions de sortie de crise n’ont malheureusement pas pu dénouer les fils de ce conflit. Enfin, s’agit-il d’un conflit ou juste de banditisme que l’Etat a nourri à coup de millions ?

Rébellion ou banditisme ?

Un après-midi d’octobre, alors que tout semblait normal dans le village de Sare Boya, un véhicule de l’armée sénégalaise a été pris en embuscade à trois kilomètres de la frontière bissau-guinéenne. Alors que la voiture s’est enlisée dans la boue, des soldats étaient sortis pour extraire la voiture de la boue, des hommes armés appartenant au MFDC, ont tendu une embuscade avec des fusils et des RPG-7. Le bilan est lourd, six soldats sont morts sur le coup et quatre autres soldats avaient été blessés et un des soldats avait succombé à ses blessures le lendemain. C’est la plus meurtrière attaque depuis les années 90. C’est survenu au moment où le gouvernement du Sénégal avait limité le recours à la force par l’armée en Casamance. Des sources avaient déclaré que l’attaque avait été menée par des hommes affiliés à Edouard Diedhiou, qui était commandant de la base rebelle de Fouladou, dans la région de Kolda, qui est proche des dissidents de la branche du MFDC à Kassolol. Coïncidence ou pas, l’attaque a eu lieu à la suite d’une réunion entre le gouvernement sénégalais et un groupe de dirigeants de la Casamance nommé « Cadres casamançais » afin de discuter sur la manière de résoudre le conflit ; certains membres du MFDC avaient réagi violemment et estimant qu’ils n’avaient pas délégué ce groupe de dirigeants pour parler en leur nom. Ils n’étaient pas d’accord que des intermédiaires autoproclamés, qui rencontraient le gouvernement parlent en leur nom, car ils ne les trouvaient point crédibles.

La demande récurrente des rebelles du MFDC a été que les soldats sénégalais retrouvent leurs positions avant le début du conflit. Ils voulaient que les soldats restent dans les casernes dans les régions de Ziguinchor, Bignona et Kolda. Ils ont toujours été contre le déploiement par l’armée sénégalaise en de nombreuses petites unités de combat, pouvant les empêcher de couper la route aux touristes et autres voitures. Ces patrouilles ont résulté à des heurts entre les soldats de l’armée sénégalaise et les rebelles du MFDC. Des hommes armés ont eu à détourner plusieurs véhicules de transport et à voler de commerces locaux, occasionnant plusieurs morts. Le but de ces attaques a été motivé par le besoin de la rébellion de financer ses besoins logistiques, et comme il y a plusieurs groupes et un manque de leadership politiques au sein du MFDC, des actes isolés de banditisme peuvent facilement prendre place et dégénérer en une insécurité plus généralisée. Il faut quand même noter que le banditisme a considérablement diminué, mais peut surgir d’un moment à un autre.

Cela a été le cas lorsque des hommes armés ont ouvert le feu sur deux véhicules dans la région de Diouloulou, faisant frontière avec la Gambie, ayant causé trois morts. Trois jours plus tard, des hommes armés avaient exécuté Youssouf Sambou, aussi connu sous l’alias de Rambo, qui était un combattant du MFDC, et qui était devenu un médiateur entre le MFDC et le gouvernement sénégalais. On disait qu’un autre groupe du MFDC dirigé par un chef de guerre originaire de la branche nord du MFDC à Diakaye, serait à l’origine de ces attaques. Qui sait ?

Après le fameux discours de fin d’année du président de la République, dans la forêt de Bayotte, près de Ziguinchor, un massacre a eu lieu, le bilan est très lourd, 14 bûcherons ont été tués. Le gouvernement a par la suite pris des décisions concernant le trafic du bois. Le MFDC a été suspecté de ces actes ignobles, vu que le président lançait un appel quelques jours auparavant pour la paix définitive. Les membres du mouvement ont nié les actes, mais des témoins ont révélé des échanges de tirs près des camps revendiqués par les membres du MFDC. Il faut noter que certains membres du MFDC coupaient illégalement le bois et les chinois l’achetaient illégalement aussi. Pourquoi cette anarchie ?

La mort de Papa Koulimpi et la Guinée-Bissau

Depuis la mort en 2007 de son chef historique et charismatique, le père Diamacoune, aussi appelé papa Koulimpi, le MFDC est devenu un groupe non coordonné de groupes armés distincts sans direction politique. Le principal groupe armé connu sous le nom de Kassolol, situé dans le sud à la frontière avec la Guinée-Bissau, était dirigé par César Atoute Badiate et a, à ce jour, adopté une ligne de conduite modérée vis-à-vis du gouvernement du Sénégal. Cependant, le leadership de César est mis en doute par de jeunes combattants qui militent pour le changement. Il a été rapporté que ces derniers avaient constaté que la ligne modérée n’avait apporté aucun avantage tangible, à l’exception de leurs dirigeants qui percevaient les pots-de-vin fournis par le gouvernement du Sénégal, qui a demandé à tous les présidents d’acheter la paix sans faire de concession par voie de négociation.

Depuis la mort de papa Koulimpi, la rébellion de Casamance a été réduite à une zone géographique limitée, avec moins de soutien du public, de plus grandes difficultés logistiques et des capacités opérationnelles plus limitées que jamais depuis le début de la guerre. Privé d’une base en Guinée-Bissau et sous la pression de chefs spirituels, le récalcitrant du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), Salif Sadio, a harcelé ses rivaux conciliateurs et obtenu l’accès au sanctuaire gambien. La capacité des rebelles du MFDC est maintenant rentrée dans un triangle défini approximativement à ses limites les plus éloignées, par la frontière gambienne, la route nationale menant de Bignona à Banjul et, sur une certaine distance, la route nationale de Bignona à Farafenni. Des zones auparavant vulnérables aux attaques ont été efficacement coupées des activités des rebelles ou de leur influence.

Il ne faut pas oublier que l’armée bissau-guinéenne a prêté main-forte au Sénégal, mettant à exécution sa menace de nettoyer la zone frontalière du récalcitrant du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), Salif Sadio, et de ses partisans. Les troupes bissau-guinéennes ont réussi à purger les villages qui abritaient les hommes de Salif Sadio, ses partisans et leurs familles, à l’est et à l’ouest de Sao Domingos, en Guinée-Bissau. Il s’est redéployé pour retrouver des positions qu’il avait été forcé d’abandonner dans la région de Sindian au nord de la Casamance, près de la Gambie. Les Casamançais étaient frustrés par cette situation où ils ne sont ni en guerre ni en paix.

Malheureusement, cette tentative, d’affaiblir Salif Sadio, n’a pas accéléré le processus de paix que les deux gouvernements espéraient. C’est ainsi que le général Baptista Tagme Na Waie, chef d’état-major des forces armées bissau-guinéennes, avait annoncé aux négociateurs sénégalais du processus de paix en Casamance que le retrait de Salif Sadio en tant qu’élément casse-tête en Casamance, constituait le seul moyen de trouver une solution. La Guinée-Bissau avait déployé des centaines de soldats et bombardé les principales positions de Salif Sadio situées dans les forêts proches de la frontière, à l’est et à l’ouest de Sao Domingos, à Baraca Mandioca, Bazère, Kouméré, Kassou et à d’autres endroits. Ces attaques bissau-guinéennes avaient privé à Salif Sadio de ses zones de refuge en Guinée-Bissau.

Yaya Jammeh ou l’imposteur sous-régional

Lors d’un voyage en Iran, l’ex président gambien, Yaya Jammeh, avait signé un contrat d’achat d’armes et ces informations avaient été confirmées par plusieurs agences de renseignement. Le gouvernement sénégalais a immédiatement assumé que les armes étaient destinées aux rebelles du MFDC. Ce ne sera pas difficile à nier, car la Gambie est entourée par le Sénégal. Pour comprendre Jammeh, il faut savoir ce que Jammeh voulait. Devenu président de la Gambie par un coup d’état, Jammeh n’avait pas développé de stratégie cohérente pour la sécurité régionale en Afrique de l’Ouest, et il voulait quand même être un acteur majeur dans la diplomatie sous-régionale. Vu que la Gambie est petite, pauvre et faible, Jammeh avait peu de ressources pour atteindre son objectif de devenir un acteur majeur de la diplomatie sous-régionale.

Il a ainsi utilisé la stabilité intérieure relative de la Gambie et son impuissance géopolitique inhérente pour se faufiler dans le moule d’un courtier de la paix. Cependant, la création d’une architecture régionale de paix durable et de prévention des conflits semble moins un impératif que d’être perçu comme un leader charismatique, capable de réaliser des avancées spectaculaires. La diplomatie et la politique étrangère sont conduites dans le domaine des contacts personnels et non dans l’intérêt national. Les tambours et la fanfare étaient plus importants aux yeux de Jammeh que la substance de la paix et sa politique étrangère semblait être plus intestinal qu’intellectuel. Après des succès transitoires dans la médiation des conflits en Guinée-Bissau et dans la Casamance en 1999, la politique étrangère de Jammeh s’était effondrée.

Vu que son influence diminuait, et voulant éviter cet isolement de facto, Jammeh s’est approché de Nouakchott où il s’était rendu à plusieurs reprises pour signer plusieurs accords bilatéraux de coopération économique. Le but recherché était de rendre Dakar et Guinée-Bissau jaloux pour prêter plus d’attention à la Gambie.

Il voulait être perçu comme l’homme de la situation dans le processus de paix en Casamance. Après tout, il était motivé par le fauteuil de président d’ECOWAS, et il n’y avait pas meilleur moyen de se préparer à cette ascension que la participation au problème le plus crucial auquel la sous-région est confrontée. C’est ainsi qu’il a invité l’ex-président libérien, Charles Taylor, à Banjul, car Taylor souffrait de plusieurs sanctions des pays membre. Conscient que la plupart de ses collègues des pays membre étaient contre lui, il était aussi à la recherche d’une minorité sympathique pour empêcher le consensus d’ECOWAS qui entravera une action négative de son pays dans la communauté internationale. Qui se ressemble s’assemble. Tous les deux hommes étaient détestés par les voisins immédiats, ils étaient des dictateurs et ils avaient des tendances anti-occidentales et des liens de longue date avec la Libye.

Les Gambiens, apparemment inconscients de l’histoire récente de l’union troublée du fleuve Mano, croyaient apparemment pouvoir réussir là où d’autres se sont effondrés, en découvrant une formule qui persuadera Taylor de négocier de bonne foi. La première étape, selon Jammeh, était la tenue d’un sommet entre Taylor et Conté visant à la pacification de la frontière entre la Guinée et le Libéria. Par conséquent, les Gambiens accusaient le refus de Conté de rencontrer Taylor comme le principal obstacle à leur approche. La déception était inévitable, car le fossé qui séparait les deux dirigeants était beaucoup trop vaste pour que l’on puisse en faire une réunion très visible.

Dans le processus vers la paix définitive en Casamance et le fleuve Mano, le président Jammeh cherchait une percée spectaculaire et ses efforts étaient davantage motives par son désir d’être une star que son désir d’être un homme d’Etat. Par conséquent, il cherchait à faire un grand plongeon en prenant en considération en second lieu s’il plongeait dans des eaux sures ou des eaux remplies de crocodiles. Il n’avait pas de stratégie réelle et ses efforts n’ont pas fait avancer la paix, ni en Casamance, ni au Liberia. Son ingérence n’a fait qu’assombrir et affaiblir les consensus.

Avec la mort de papa Koulimpi, l’aide de la Guinée-Bissau et les factions au sein du MFDC, comment se fait-il que l’Etat ne puisse toujours pas régler ce problème pour un décollage économique de la Casamance ? Le Sénégal est un pays et indivisible, ceux qui tentent de diviser le Sénégal doivent être traduits en justice et l’Etat doit répondre le banditisme par le déploiement de l’armée et de mettre fin à ce conflit. Il n’y a pas pire que d’être dans une région où il n’y a ni guerre ni paix.

Mohamed Dia

 

 

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