Comment Senghor a évité une seconde colonisation à l’Afrique noire ? (Par Mohamed Dia)

Quand on dit Senghor, on a tendance à souvent évoquer l’hymne nationale du Sénégal, la Négritude ou le festival des arts nègres. Limiter l’héritage de Senghor à cela consiste à ne pas connaître le premier président du Sénégal.

Certes, le président Senghor a été manipulé par son entourage pour commettre des actes regrettables durant sa présidence, cependant, quand on est président, on agit que selon les informations qu’on nous fournit. Même si les informations sont fausses, c’est pourquoi les présidents ont tendance à être entouré par les membres de leur famille. Cette compréhension a permis à certains de pardonner au président Senghor ses erreurs, car il n’a agi que selon ce qu’il disposait. Voilà un président qui a beaucoup fait pour les noirs, pour l’Afrique et pour le monde.

Président Senghor

Bon nombre de dirigeants Africains catégorisaient Senghor comme un blanc, un Français, à cause sûrement de son plaidoyer en faveur des échanges culturels et du métissage racial. Cela n’est pas du tout vrai, Senghor était un noir et il l’a assumé pleinement durant sa présidence. Durant sa présidence, les Algériens voulaient annexer bon nombre de pays du Sahel et ils le faisaient sur la base de couleur. Durant l’apartheid en Afrique du Sud, pendant que les pays africains n’en parlaient pas trop, Senghor était celui qui a proposé un embargo sur leur pétrole, ce qui allait les anéantir complètement. Malgré ce qu’il incarnait, Senghor était quelqu’un qui était très modéré, et un conservateur aussi, car ne voulant pas changer l’ordre en place. Il avait accepté la colonisation et ne voulait pas changer cela pour diverses raisons. La principale raison est qu’il savait que les Français et les Américains ne s’occupent généralement que de leurs intérêts alors que les Arabes et les pays de l’Est, non seulement, s’occupent de leurs intérêts, mais ils étaient plus prompts à créer des divisions raciales entre les pays du Maghreb et l’Afrique subsaharienne. À chaque fois qu’il y avait, un problème entre voisins, Senghor s’assurait de prendre les devants pour régler les querelles. En tant que président, il a réuni les pays de la sous-région pour lutter contre toute éventuelle agression des pays du Nord, à savoir l’Algérie et la Libye, même si cette dernière était plus crainte par Senghor, car il savait que la Libye voulait nous déstabiliser pour installer des régimes fantoches. Il avait vu ce que la Libye avait fait au Tchad et craignait la même chose pour nous. Durant la réunion avec les pays membre de la CEDEAO, il a proposé un pacte de défense mutuelle pour que les pays arabes ne soient plus en mesure de nous intimider, nous gouvernements noirs africains. Le Nigeria est un peu réticent et Senghor s’envole pour le Nigeria, mais n’arrive pas à convaincre les dirigeants Nigérians. Il se tourne alors vers les Américains pour que ces derniers essaient de faire pression sur le Nigeria à cause des bons rapports entre les deux pays. Les Américains verront en Senghor le président africain qui s’occupe plus de la stabilité de la région, car aucun pays africain n’avait demandé à ce qu’une armée sous régionale voie le jour. Senghor voulait que le Nigeria accepte pour qu’il puisse demander aux Français de retirer leurs forces. Le Nigeria accepte et l’armée de la CEDEAO verra le jour et vous pouvez remercier Senghor pour cela.

La lutte contre la seconde colonisation

Après les indépendances, soit, on était capitaliste soit communiste, Senghor, sachant que nous avions déjà été colonisé a décidé d’accepter notre destin et de suivre le capitalisme. Il ne voulait pas entendre parler des pays de l’Est ni de Cuba, même si le président du conseil avait des liens étroits avec les pays de l’Est. Durant le sommet des non-alignés à Cuba, il décide de boycotter le sommet et incite les autres gouvernements africains à faire de même. Il voulait aussi mettre la pression sur l’Angola et ne le reconnaît pas comme nation souveraine tant que les Cubains y étaient présents. Senghor savait que la menace soviétique et cubaine était sérieuse et qu’ils voulaient nous déstabiliser et nous annexer. Senghor était exposé au Parti communiste staliniste en France et il a juré depuis lors qu’il n’acceptera jamais cette doctrine, qu’elle soit russe, cubaine ou autre, elle ne verra pas le jour en Afrique. Son attachement à la dignité de la race noire est la raison pour laquelle le rapport entre les Cubains, les Soviétiques et les Algériens, et l’Angola, et la Mauritanie lui faisait mal. L’intervention de l’armée cubaine en 1972 en Angola lui a fait comprendre que les Soviétiques avaient un pied en Afrique et que tout ce qu’ils voulaient, c’est semer la discorde entre pays noirs africains pour venir imposer leur idéologie et nous coloniser une seconde fois. Il s’est battu corps et âme pour éviter une seconde colonisation.

Vous pouvez aimer Senghor ou détester sa manière d’avoir dirigé le Sénégal, mais il faut lui reconnaître l’héritage qu’il a laissé au monde francophone et au monde de la culture. Pour Senghor, il fallait éviter de nager contre le courant. La colonisation a déjà vu le jour et on ne pouvait pas changer l’histoire. La solution selon Senghor, n’était pas de combattre la France, mais plutôt de nous unir, nous africains noirs pour ne pas être faible. Si sa vision était comprise par les autres leaders africains, peut-être qu’on parlerait des Etats Unis d’Afrique. Pour les autres leaders africains, sa célébration de la France dans ses poèmes les dérangeait, mais il ne faut pas oublier qu’il a aussi chanté Joal, son village natal. D’autres le considéraient comment étant acculturé ou assimilé alors qu’il a maintenu l’équilibre entre sa formation occidentale et son éducation traditionnelle.

Quoi qu’il en soit, chaque fois que vous pensez de Senghor comme un Français, rappelez-vous de la CEDEAO et de tout ce qu’il a fait pour que l’armée de la sous-région voie le jour. Si nous n’avons pas été idéologiquement colonisés par les pays de l’Est ou le Cuba, remercions Senghor. On peut être assimilé et aimé la race noire et c’est ce que Senghor incarnait.
« Quand un Africain meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Président Senghor

Mohamed Dia
Email: mohamedbaboyedia@gmail.com

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