Coronavirus: pas de prière du vendredi à la grande mosquée de Dakar

 

Aller à la mosquée malgré le coronavirus ? Au Sénégal, où l’islam est un puissant facteur de cohésion, la question s’est posée pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que le gouverneur de la région de Dakar tranche : les mosquées seront fermées dès ce vendredi 20 mars, jour de la grande prière hebdomadaire. Cette décision ultrasensible posait la question de la réaction des leaders religieux, à commencer par les chefs des puissantes confréries qui jouent un rôle primordial dans la société sénégalaise, et parmi eux le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké. La confrérie des mourides s’est finalement conformée à la décision du pouvoir politique. Le khalife général des mourides a donné pour consigne « de nous conformer aux directives de l’État qui a la responsabilité de la sécurité et de la santé publiques » et de fermer à partir de vendredi et « jusqu’à nouvel ordre » la grande mosquée Massalikoul Jinaan à Dakar, a indiqué dans un communiqué son représentant dans la capitale.

Quel est le contexte sanitaire ?

Le Sénégal a déclaré 38 cas, un nombre élevé pour l’Afrique subsaharienne, mais aucun décès.

Sans aller jusqu’à imposer le confinement, le gouvernement a pris des mesures fortes : suspension des liaisons aériennes avec une série de pays, interdiction des manifestations publiques, fermeture des écoles… Des centres destinés à accueillir un afflux de malades sont en préparation, notamment à Touba (Centre), siège de l’influente confrérie des mourides, où une vingtaine de cas de Covid-19 a été recensée.

Quel est le poids de l’islam ?

Plus de 90 % de la population sénégalaise est musulmane.

Partout au Sénégal, de grandes manifestations des principales confréries du pays (tidiane, mouride, layène et khadre) drainent des centaines de milliers de fidèles plusieurs fois par an. Après avoir déjà hésité, les chefs des confréries, les khalifes, ont annulé les événements prévus en mars, s’alignant sur une décision du président Macky Sall d’interdire les rassemblements publics.

Qui appelait à suspendre les prières ?

L’Association des imams et oulémas du Sénégal a appelé à l’arrêt des prières dans les mosquées, soulignant que « Dieu ne demande à personne de se causer du tort ». Consigne pour le khalife général des tidianes et plusieurs responsables musulmans à travers le pays. Dans le centre de Dakar, la Zawiya El Hadji Malick Sy, qui accueille habituellement le vendredi des centaines de personnes, avait déjà fermé ses portes. Les fidèles savent que le coronavirus, « c’est la volonté de Dieu, mais cela n’empêche (pas) que les gens se soignent, évitent cette maladie », dit son imam, Makhtar Seck.

Qui voulait leur maintien ?

Les responsables de la grande mosquée de Dakar ont dit jusqu’à jeudi après-midi vouloir maintenir la prière du vendredi, car elle est « recommandée par Dieu » et parce que « l’homme ne peut pas décider de l’enlever ». Son imam s’est finalement rétracté dans la soirée. Mais du côté des confréries, en dehors des tidianes, les mourides ont encore dit jeudi qu’ils maintenaient la prière du vendredi à Dakar, avant que leur Khalife, Serigne Mountakha Mbacké ne décide plus tard de sa suspension à la grande mosquée Massalikoul djinane de Dakar, respectant ainsi les décisions de l’autorité étatique. Les autres confréries ne s’étaient pas prononcées.

Pourquoi ces divergences ?

« L’islam sénégalais est caractérisé par la multiplicité des voix, avec un foisonnement d’acteurs, avec des légitimités multiples », explique Bakary Samb, du Centre d’études des religions de l’Université de Saint-Louis (Nord). Ce foisonnement est « accentué par l’absence d’une instance unifiée régulatrice », contrairement par exemple au Maroc ou à l’Arabie saoudite, dit-il. Et l’État se montre généralement très prudent, par souci de se préserver de contestations éventuelles des très influentes confréries.

Devant la Zawiya El Hadji Malick Sy fermée, un fidèle, Oumar Diop, signifie combien le sujet est sensible. Les mesures contre le coronavirus impactent durement tout le pays et son commerce, dit-il. « Seul Dieu peut nous aider pour arrêter cette maladie, ça risque de dégénérer partout dans le monde, plus particulièrement en Afrique. » Pour le moment, il prie chez lui, mais « n’aimerait pas que ça ferme pour trois semaines, quatre semaines ».

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