En bombardant le Liban, Israël envoie un message à Téhéran

92, c’est le nombre de tirs de Tsahal contre le Hezbollah au Liban. Selon Mounir Rabih, ces frappes répondraient à l’attaque contre un pétrolier israélien en mer d’Oman. Tel-Aviv chercherait aussi à peser sur le cours des négociations sur le nucléaire et à obtenir des garanties sur l’influence iranienne dans la région, estime l’analyste politique.

Une première depuis 2014!

L’aviation israélienne a mené plusieurs frappes au Sud Liban contre des installations militaires du Hezbollah. Deux raids nocturnes dans la matinée du 5 août ont ciblé les villages libanais limitrophes de Mahmoudiyé et de Aichiyé. De plus, l’armée libanaise a dénombré pas moins de 92 tirs d’artillerie en provenance d’Israël. Et Tsahal a bel et bien revendiqué les attaques. Selon le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, «ces frappes aériennes visent des zones de lancement de missiles ainsi que des infrastructures utilisées pour des activités terroristes». Israël a répondu à des tirs de roquettes qui ont provoqué un incendie à la frontière. Le puissant mouvement chiite libanais n’a pour sa part pas rien déclaré. Selon des sources locales, dont le quotidien L’Orient Le Jour, il s’agirait en fait de trois projectiles tirés par des groupes palestiniens indépendants vivant au Liban.

Le Liban demande l’aide de l’Onu contre Israël 

Les réactions libanaises face à cette agression ne se sont pas faites attendre. L’ancien Premier ministre Hassan Diab a condamné cette attaque et a déposé une plainte urgente au Conseil de sécurité. Il a en effet déclaré «l’ennemi israélien, avec son artillerie d’abord et ses avions de guerre ensuite, a mené une agression explicite contre la souveraineté du Liban», ajoutant que «l’ennemi a publiquement admis avoir violé la résolution 1701». L’ancien membre du gouvernement libanais fait ici référence au texte onusien datant de 2006 qui réaffirme «son ferme attachement, comme il l’a rappelé dans toutes ses résolutions précédentes sur la question, à l’intégrité territoriale, à la souveraineté et à l’indépendance politique du Liban à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues».

Cette escalade serait tout de même maîtrisée: «les deux camps se répondent, mais contrôlent leurs réponses», estime Mounir Rabih, analyste politique pour le quotidien libanais L’Orient Le Jour.

«En bombardant le matin et la nuit, Israël prouve au Hezbollah qu’il peut agir n’importe quand. Il montre qu’il impose le rapport de forces. Mais ces attaques restent ciblées, elles ne font pas de mort, car cela risquerait de déboucher sur une réelle escalade et les deux camps refusent et redoutent ce scénario», résume-t-il au micro de Sputnik.

Ce n’est pas la première fois que les deux belligérants se provoquent à coups de roquettes. Lors de la guerre-éclair opposant le Hamas à Israël du 10 au 21 mai dernier, pour montrer son soutien à la cause palestinienne, des projectiles avaient été tirés depuis le Liban. Craignant une guerre sur plusieurs fronts, Tsahal avait envoyé en représailles des drones, des fusées éclairantes et avait tiré des obus sur le territoire libanais. Dans un communiqué, l’armée israélienne a par ailleurs menacé le Liban d’agir avec encore plus de fermeté. Les frappes israéliennes avaient tout de même tué un partisan du parti chiite, Mohammad Kassem Tahhan, âgé de 21 ans.

Les États-Unis ont promis une «réponse collective» contre l’Iran

Mais derrière ces bombardements, «c’est surtout un message adressé à l’Iran», estime l’analyste politique libanais. En effet, Téhéran est accusé par Israël, les États-Unis et le Royaume-Uni d’avoir commis l’attaque en mer d’Oman contre le navire Mercer Street, géré par un milliardaire israélien. Les autorités iraniennes démentent toute implication dans cette agression par drone, qui a entraîné la mort de deux membres d’équipage, l’un de nationalité roumaine, l’autre Britannique. Mais rien n’y fait, pour les ennemis des Mollahs, le coupable est tout trouvé.

Washington a alors promis une «réponse collective». Pour sa part, le Premier ministre britannique a averti l’Iran qu’il devait «faire face aux conséquences» de cette attaque «inacceptable et scandaleuse». Du côté israélien, le ton est un peu plus martial. Le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, a évoqué la possibilité d’une attaque unilatérale. Dans un communiqué officiel datant du 3 août, il a déclaré que «le temps de s’installer confortablement à Téhéran et d’enflammer tout le Moyen-Orient à partir de là est révolu. Nous œuvrons pour mobiliser le monde, mais en parallèle, nous savons aussi agir par nous-mêmes. L’Iran connaît le prix que nous faisons payer lorsque quelqu’un menace notre sécurité». En d’autres termes, une réponse israélienne était pour le moins attendue.

«C’est évident qu’Israël a bombardé en réponse à l’évènement en mer d’Oman. Mais tous ces évènements sont à mettre en lien avec la situation régionale et notamment avec le dossier du nucléaire iranien. Les deux protagonistes veulent faire monter les enchères», souligne le journaliste politique.

Toujours à l’arrêt, les négociations sur le nucléaire iranien avancent d’un pas puis reculent de dix. Les deux parties n’arrivent pas à se mettre d’accord, malgré les innombrables pourparlers. Qui cédera le premier sur les exigences de l’autre? D’un côté, les États-Unis et l’Union européenne exigent que l’Iran retourne aux termes de l’accord signé à Vienne en 2015, en respectant le taux d’enrichissement en uranium et de l’autre Téhéran enjoint les Occidentaux de lever toutes les sanctions avant un potentiel retour à ces conditions initiales.

Lors de son investiture le 3 août, le nouveau Président iranien, Ebrahim Raisi, a déclaré: «nous chercherons certainement à obtenir la levée des sanctions oppressives, mais nous ne lierons pas les conditions de vie de la nation à la volonté des étrangers». Pour sa part, Tel-Aviv refuserait catégoriquement que ses alliés européens et américains reviennent à l’accord sans condition préalable sur la politique étrangère iranienne. «Israël cherche à inclure l’influence iranienne dans les négociations sur le nucléaire iranien» affirme Mounir Rabih.

Israël a frappé 1.000 fois la Syrie en trois ans 

Et pour cause, Tel-Aviv conteste toute présence des milices pro-iraniennes à proximité de ses frontières. L’État hébreu entend repousser coûte que coûte les menaces extérieures. Et il ne lésine pas sur les moyens. L’aviation de Tsahal aurait mené plus de 1000 frappes en Syrie ces trois dernières années. L’objectif est clair: il s’agit d’annihiler les capacités militaires des milices iraniennes présentes non loin de ses frontières. Les frappes ciblent majoritairement les troupes iraniennes, les groupes militaires affiliés à Téhéran, les dépôts d’armes du Hezbollah ainsi que les troupes de Bachar el-Assad.

À ce propos, en décembre dernier, le général de brigade Yossi Kuperwasser, ancien directeur général du ministère israélien des Affaires stratégiques et ancien chef de l’aile de recherche du renseignement militaire israélien, déclarait: «nous voulons empêcher l’Iran de transformer la Syrie en une base iranienne proche d’Israël, ce qui pourrait apporter un changement stratégique radical dans la situation. C’est pourquoi nous continuons à pilonner les bases iraniennes afin qu’elles ne prennent pas le contrôle du pays.»

De surcroît, lors d’une récente cérémonie au mois de juin pour la nomination du nouveau chef israélien du Mossad David Barnea, l’ancien Premier ministre Benyamin Netanyahou a déclaré que si Israël devait choisir entre «la friction avec les États-Unis et l’élimination de la menace iranienne, l’élimination de la menace existentielle l’emporte».

«Israël essaye donc de prendre les devants en imposant ses conditions pour compliquer la position iranienne. Mais Téhéran dispose d’un axe uni qui répond et agit selon ses ordres. Donc une riposte dans les prochains jours contre les intérêts américains ou israéliens n’est pas à écarter», prédit l’analyste politique.

En effet, les milices affiliées à Téhéran envoient régulièrement des roquettes sur des zones contrôlées par les Américains en Irak ou en Syrie. Dans ce conflit de basse intensité, Israéliens et Iraniens se surveillent, se provoquent, mais redoutent par-dessus tout un conflit frontal qui s’étendrait à toute la région.

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