Finlande: les sociaux-démocrates remportent les elections législatives

L’ancien ministre des finances Antti Rinne a mené la liste des sociaux-démocrates qui a emporté les législatives le 14 avril.

 

Ils étaient encore à moins de 10 % des intentions de vote en décembre dernier. La scission du parti, après l’OPA menée sur les postes clés par sa frange radicale en juin 2017, semblait avoir condamné l’extrême-droite finlandaise, privée de ses cinq ministres dissidents, à jouer les seconds rôles. Dimanche 12 avril, les Vrais Finlandais ont réalisé ce que même leur chef de file, Jussi Halla-Aho, « n’attendait pas », en décrochant la deuxième place du scrutin, avec 17,5 % des voix, à 0,2 point seulement des sociaux-démocrates (17,7 %).

Les résultats s’annonçaient serrés. Il aura finalement fallu attendre minuit pour obtenir les scores, qui devront encore être confirmés par un recomptage des voix, avant que le résultat définitif ne soit proclamé mercredi 17 avril. Arrivés en tête, les sociaux-démocrates décrochent 40 sièges de députés, au coude-à-coude avec les Vrais Finlandais qui totalisent 39 mandats, juste devant les conservateurs de la Coalition nationale, à 17 % des voix et 38 députés.

« Pour la première fois depuis 1999, les sociaux-démocrates sont le parti du premier ministre », s’est réjoui Antti Rinne, le chef de file de la formation depuis 2014. M. Rinne a précisé qu’il entendait former un gouvernement « avant fin mai ». Mais il faudra toutes les compétences de cet ancien leader syndical de 56 ans pour y parvenir.

Les écolos gagnants

Car même s’ils arrivent en tête, en progression de 1,2 point par rapport à 2015, les sociaux-démocrates font beaucoup moins bien que prévu. Antti Rinne lui-même n’obtient que 11 400 voix personnelles contre plus de 19 000 pour Sanna Marin, la vice-présidente du parti, qui a assuré l’intérim en janvier et février, en l’absence de son président, victime d’une grave pneumonie à Noël en Espagne et opéré à son retour de vacances.

Parmi leurs partenaires privilégiés, les écologistes de la Ligue verte figurent parmi les gagnants de ce scrutin avec 11,5 % des voix, un résultat historique – bien que légèrement en retrait de ce que les sondages annonçaient. Ces derniers mois, la question du climat s’est imposée dans la campagne électorale, forçant les partis traditionnels à s’engager pour réduire les émissions du pays. Avec une exception : les Vrais Finlandais, climatosceptiques.

Les verts doivent également leur popularité à celle de leur chef de file, Pekka Haavisto, 61 ans, à sa tète depuis octobre 2018. Lors des élections présidentielles en 2012 le candidat écologiste avait fait sensation, menant la campagne électorale avec son compagnon, un coiffeur d’origine équatorienne, et parvenant à se qualifier pour le second tour. Dimanche, M. Haavisto a obtenu plus de 20 000 votes personnels.

En plus des Verts et du parti du peuple suédois (4,5 %), alliés traditionnels des sociaux-démocrates au parlement, Antti Rinne devrait tenter un des deux grands partis de la coalition sortante de le rejoindre. Grand perdant des élections, le parti centriste du premier ministre sortant Juha Sipilä n’obtient que 13,8 % des voix (contre 21,1 % en 2015) et perd dix-huit députés, ce qui constitue le pire résultat du parti depuis 1917.

Mécontentement

Sanctionnée pour sa politique d’austérité et incapable de mener à bien la réforme de la santé qu’il s’était engagé à mettre en place, l’ancien homme d’affaire multimillionnaire a cristallisé le mécontentement contre son gouvernement. Par contraste, malgré quatre années au gouvernement, les conservateurs de la Coalition nationale s’en sortent à peine avec quelques égratignures et pourraient être le partenaire recherché par Anti Rinne, pour obtenir une majorité au parlement.

Dimanche soir, le leader des sociaux-démocrates a assuré que sa priorité était de « restaurer la confiance du peuple finlandais ». Interrogé sur une éventuelle négociation avec les Vrais Finlandais, il a « refusé de spéculer ». Mis à part le Parti du peuple suédois, aucune des autres formations finlandaises n’a officiellement exclu de collaborer avec l’extrême-droite.

Présidence de l’Union européenne

Mais autant le fondateur du parti des Vrais Finlandais, Timo Soini, populiste bonhomme, comptait de nombreux partisans au sein des formations traditionnelles, autant la personnalité et les idées de son successeur, Jussi Halla-Aho, rebute. Universitaire spécialiste des langues slaves, il s’est fait connaître au début des années 2000 par le blog, où il distillait son discours nationaliste, anti-immigration et islamophobe.

Il a pris sa carte chez les Vrais Finlandais en 2010, avant d’être élu au parlement l’année suivante. Il avait alors été condamné en première instance pour blasphème et incitation à la haine raciale, avant d’être blanchi en appel. En 2012, la cour suprême a confirmé la condamnation, ce qui ne l’a pas empêché d’être élu eurodéputé en 2015.

Deux ans plus tard, M. Halla-Aho, ainsi que ses alliés les plus radicaux au sein de la formation, reprochant aux modérés leur participation au gouvernement, en ont pris la direction, menant à la scission du parti. Dimanche, les dissidents rassemblés au sein de la Réforme bleue n’ont remporté que 1 % des voix, perdant leurs 17 sièges de députés, qui sont retournés dans le giron des Vrais Finlandais. Pour Jussi Halla-Aho, la priorité est de limiter au maximum l’immigration.

Si la constitution d’un gouvernement s’annonce difficile avant les élections européennes du 26 mai, le temps presse : à partir du 1er juillet, la Finlande assumera la présidence de l’Union européenne.

AfroActu.com

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