France: ce qu’il y a lieu de retenir de ces élections européennes

C’est l’une des principales surprises de ces élections : la participation en forte hausse par rapport à 2014. Depuis 20 ans, moins d’un électeur sur deux se déplaçait pour élire les eurodéputés. Et les derniers sondages ne semblaient pas indiquer un changement de tendance. Mais selon les estimations d’Ipsos, la participation serait de 51,3 %, un record aux européennes depuis celles de 1994 où elle était de 52,76 %.

■ Le Rassemblement national gagne son duel

De la même manière qu’Emmanuel Macron avait fait de ce scrutin européen un duel entre progressistes et nationalistes, Marine Le Pen avait transformé ces élections en « référendum anti-Macron ». En obtenant 23,4 % des suffrages, la liste conduite par Jordan Bardella offre à la dirigeante du Rassemblement national une revanche contre le chef de l’État après sa défaite à la présidentielle de 2017, et lui permet de s’affirmer comme sa principale opposante. « Le peuple français a infligé une sanction claire ainsi qu’une leçon d’humilité au président de la République », a déclaré Jordan Bardella devant les militants, ravis.

Comme en 2014, le parti d’extrême droite devient la première force politique française au Parlement européen, où il enverra entre 23 et 25 députés. Jordan Bardella souhaite y voir se constituer un « groupe puissant » de partis nationalistes et eurosceptiques.

Pour Marine Le Pen, ces élections européennes constituent la première étape de son opération de conquête en vue de la présidentielle de 2022. Il lui faudra confirmer ce résultat lors des élections municipales de 2020, puis des régionales de 2021.

■ Pari perdu pour Emmanuel Macron

La liste soutenue par le chef de l’État s’est donc fait coiffer au poteau par l’extrême droite. Menée par l’ex-ministre Nathalie Loiseau, la liste Renaissance est créditée de 22,4%. Même à deux points près, c’est un échec personnel pour le président sur la scène intérieure comme sur la scène internationale.

Sur la scène intérieure, l’acte II du quinquennat commence donc, mais sans l’élan qu’aurait pu lui conférer une victoire électorale pour mettre en œuvre les mesures de sortie du « grand débat » et les difficiles réformes à venir. Sur la scène internationale, Emmanuel Macron perd un peu de son aura, notamment au niveau européen où il ne pourra plus se présenter auprès de ses partenaires comme un rempart solide contre l’extrême droite.

Pour autant, dimanche soir, le camp présidentiel a minimisé la défaite en parlant de « score honorable », refusant de parler de « vote sanction ». Une façon de tourner au plus vite cette page des européennes. Objectif : « intensifier l’acte II du quinquennat », fait valoir l’entourage du président, c’est-à-dire poursuivre les réformes « pour apporter, a dit le Premier ministre, des réponses au Français ». En clair, face à la difficulté, le gouvernement a choisi d’accélérer. Il n’y aura pas de remaniement dans l’immédiat, Édouard Philippe reste à son poste à Matignon.

■ Les Verts en force

Avec autour de 13,2 % des voix, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a créé la surprise. Emmené par Yannick Jadot, EELV devient le premier parti de gauche en France, porté par l’actuelle mobilisation sur le climat. C’est au-delà de ce que prédisaient les sondages.

Il prend ainsi une sérieuse option pour la recomposition politique en vue des municipales de l’an prochain. Les écolos seront incontournables pour les futures alliances. Un bon résultat qui semble faire écho à ceux obtenus dans d’autres États européens, comme en Allemagne où les Verts arrivent juste derrière le camp d’Angela Merkel.

Yannick Jadot a salué une « vague verte » européenne. « Les Françaises et les Français nous ont envoyé un signal très clair : ils veulent que l’écologie aussi soit au coeur du jeu politique, et ce message a été lancé dans toute l’Europe », a ajouté l’élu Vert.

■ Les Républicains en déroute

Les ultimes sondages les créditaient de 11 à 14 %. Les Républicains se rêvaient en « première alternative crédible » à Emmanuel Macron après ce premier scrutin intermédiaire du quinquennat. Mais selon les estimations, la liste conduite par François-Xavier Bellamy recueille entre 8,2 % des suffrages, en quatrième position derrière le Rassemblement national, la liste Renaissance et les Verts. C’est une nouvelle humiliation après la contre-performance de François Fillon qui n’était pas parvenu à se hisser au second tour de la présidentielle il y a deux ans.

« La droite traverse une crise profonde, tout est à reconstruire », a réagi François-Xavier Bellamy à l’annonce des premiers résultats. Laurent Wauquiez se donne désormais « trois ans » pour bâtir « une nouvelle voie ». Mais la ligne adoptée par le patron de LR, qui a choisi un profil « conservateur » pour diriger la liste, suscite déjà les critiques des ténors du parti. « Notre stratégie n’a pas été la bonne », a estimé l’ancienne ministre Rachida Dati. « C’est un échec », a dénoncé le président du Sénat Gérard Larcher. LR « devra repenser sa ligne politique », « rassembler plus largement » et « exprimer plus clairement la diversité qui le compose », a-t-il affirmé.

Pour le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui a quitté LR pour rejoindre Emmanuel Macron avant la présidentielle, le résultat de son ancien parti est un « désastre » et de « disparition ». Les Républicains « paient leur absence de chef, de projet, de ligne économique claire », ainsi que « leur refus de trancher en 2017 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen », a-t-il jugé.

■ Les socialistes sauvent les meubles, déception de La France insoumise

Parmi les autres points à retenir de ce scrutin européen en France, c’est peut-être la déroute des gauches « classiques ». La liste PS-Place publique Envie d’Europe, emmenée par l’essayiste Raphaël Glucksmann sauve tout juste les meubles avec 6,4 %. Un score à peu près conforme aux sondages. Depuis 1979, jamais le PS n’avait enregistré un score aussi faible. En 2014, les socialistes totalisaient 14 % des voix. Un résultat très en deçà aussi des autres partis sociaux-démocrates européens.

On retiendra aussi la contre-performance de la liste La France insoumise (LFI). Avec 6,4 %, le parti de Jean-Luc Mélenchon enverra six eurodéputés à Strasbourg, mais la liste d’extrême gauche portée par Manon Aubry a reconnu des résultats « décevants ».

Enfin, sous la barre des 5 %, on trouve l’ex-socialiste Benoît Hamon et son mouvement Génération.s (3,3%), le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (3,5%), le centriste Jean-Christophe Lagarde (2,6%) et le communiste Ian Brossat (2,4%). Aucun de leurs partis n’enverra de députés au Parlement européen.

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