France: les régimes spéciaux épargnés jusqu’aux générations de 1980 et 1985

 

Matignon et l’Élysée sont sur le pied de guerre. Il s’agit de préparer les ultimes arbitrages qui seront présentés demain par le Premier ministre, à 12 heures, devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese) sur la réforme des retraites. Un ultime dîner de travail en présence des ministres concernés (Agnes Buzyn, Jean Paul Delevoye), Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, s’il rentre à temps de Russie où il est en déplacement), ainsi que les poids lourds de la majorité.

Il va notamment falloir fixer la première génération, déjà entrée sur le marché du travail, qui sera concernée par le régime universel. Dans le rapport Delevoye de juillet, ce devait être celle née en 1963, c’est-à-dire à 5 ans de l’âge de la retraite en 2025. Selon Les Échos, le gouvernement pourrait finalement aller aussi loin que la génération de 1975, qui a fêté ses 44 ans en 2019. « C’est la génération de 1975 qui tient la corde, », confirme au Point une source proche du dossier très bien informée. Ce qui permettrait de ne pas bouleverser les attentes des gens qui ont déjà bien entamé leur carrière.

En réalité, cette façon de présenter les choses par année de naissance est commode, mais le critère réel pour décider de la première génération concernée est le nombre d’années séparant les personnes de la retraite. Il sera de 18 ans (62 – 18 = 44). Or, les titulaires des régimes spéciaux de retraite, eux, bénéficient de départs anticipés à 57 ans et à 52 ans pour les conducteurs. Les premiers concernés, à 18 ans de l’âge de la retraite, fêtent donc leurs 34 ans cette année (52 – 18 = 34) pour les conducteurs et 39 ans (57 – 18 ans) pour les autres. Exprimé en termes d’année de naissance, il s’agit de la génération de 1985 pour les chauffeurs et de 1980 pour les autres.

Cette date aurait aussi l’avantage d’inclure Macron dans le nouveau système, le président étant né en 1977. À la date d’entrée en vigueur du nouveau régime, la partie de la carrière effectuée précédemment serait décomptée avec les règles du système actuel et les droits générés convertis à 100 % en points, puis le reste de la carrière générerait une retraite calculée dans le nouveau système universel par points. À la fin de la carrière, les deux sommes en points seront additionnées. En revanche, le régime universel pourrait commencer plus tôt que 2025 pour les nouveaux entrants sur le marché du travail, afin de montrer que la réforme va bien s’appliquer avant la fin du quinquennat, ce qui la rendrait assez irréversible.

Des mesures d’économies toujours en discussion

À Matignon, on assure toutefois que rien n’est définitivement tranché sur ce point. Le curseur varie de 1968 à 1975. Ce nouveau dîner à l’Élysée sera donc décisif. Ce sera sans doute aussi l’occasion pour Emmanuel Macron de dévoiler ses intentions avant la prise de parole officielle d’Édouard Philippe.

Certains au sein du gouvernement plaident pour une extrême prudence, notamment sur le retour à l’équilibre financier en 2025. « C’est mal emmanché. Soit on se dit qu’il faut sauver l’essentiel, la réforme par points et la suppression des régimes spéciaux, soit on essaie de tout faire passer en même temps et on n’aura rien. On s’est foutu dans la nasse, il faut essayer de s’en sortir. » Autrement dit, ceux-là plaident pour renvoyer le débat sur l’allongement nécessaire des carrières à plus tard. Ne surtout pas annoncer des mesures tout de suite susceptibles de jeter de l’huile sur le feu de la contestation et de faire perdre le soutien de la CFDT. « Berger ne peut pas lâcher. Il ne tient pas ses troupes comme on pourrait croire qu’il les tient. On ne peut pas réformer contre tout le monde, et les soutiens, nous ne les avons pas. » Il sera toujours temps de mettre ensuite les partenaires sociaux devant leur responsabilité. Le Conseil d’orientation des retraites a chiffré entre 8 et 17,5 milliards d’euros le déficit à combler d’ici à 2025.

Cela ne veut pas dire pour autant que le gouvernement renoncerait totalement à l’équilibre financier. Les mesures d’âge pourraient, par exemple, être remises à 2021 ou 2022, en mettant syndicats et patronat face à leurs responsabilités. Après tout, ils ont toujours assumé des mesures pour équilibrer le régime des retraites complémentaires actuel (par points).

Au sein de l’exécutif, certains s’accrochent encore toutefois à l’idée qu’il faut annoncer les mesures pour revenir à l’équilibre afin de ne pas prendre les Français en traître. Les « budgétaires » à Matignon et à l’Élysée s’accrochent à l’équilibre », se désole une source proche du dossier qui pense que la réforme ne peut pas passer en annonçant un recul de l’âge de départ.

 

AfroActu.com

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