Inondations au Sénégal: gouverner, c’est prévoir ! (Par Mohamed Dia)

 

En assurant que ce n’était que le « début du commencement », le président Sall avait lancé un programme d’assainissement qui visait dix villes dont Rufisque. Ce programme était soutenu par la BOAD à raison de 70 milliards de FCFA. Deux ans plus tard, je peux vous assurer que presque rien n’a changé ! Trop de politique dans les actions de ce gouvernement.

Conçu pour diminuer les temps de transport et accroître la mobilité tout en réduisant la congestion, le Train Express Régional (TER), d’un coût estimé à plus de 1 000 milliards de FCFA, est l’un des investissements les plus onéreux au Sénégal. Il traverse 18 communes dont Rufisque Ouest, Rufisque Est et Rufisque Nord. Rufisque, car les pluies enregistrées en début de semaine ont inondé toute la ville. Les travaux du TER affectent les populations de ces communes qui sont laissées à elles-mêmes. Les 18 communes que le TER affecte, sont habitées par les populations les plus pauvres et défavorisées de la région de Dakar.

Depuis son indépendance, le Sénégal parle toujours des mêmes problèmes, soit on parle de l’arachide, de la sècheresse ou des inondations entre autres. Sous Senghor, on cherchait encore notre identité, sous le président Diouf, on était préoccupé par les ajustements structurels, sous le président Wade, on était préoccupé par le banditisme financier et sous le président Sall, il n’y avait aucun obstacle pour mettre le pays sur la voie de l’émergence. Pourquoi vais-je blâmer le président Sall plus que les autres présidents ? Par le simple fait qu’il soit issu d’une famille modeste, donc il sait ce que les Sénégalais vivent, puis il a été dans le gouvernement du président Wade et y a occupé des postes lui donnant accès aux documents les plus classifiés. Où se trouve le problème alors ? Sous le président Wade, le Sénégal avait traversé la même chose durant plusieurs saisons des pluies et honnêtement le président Sall aurait dû savoir comment se préparer conséquemment pour éviter ce désastre durant chaque hivernage.

Monsieur le Président, vous rappelez-vous après avoir fait gagner à votre mentor son second mandat, les fortes pluies qui avait détruit des centaines de maisons ? Combien de personnes étaient sans abri ou déplacées ? Des milliers, Monsieur le président. Pour faire croire que le gouvernement est préoccupé par cette population, un plan d’urgence (plan ORSEC) avait été mis en place, mais comme d’habitude cela a été un échec. Ces chefs de famille ne savaient plus à quel saint se vouer, et pourtant, ce sont ces mêmes chefs de famille qui se sont battus corps et âme pour votre réélection. Combien de familles ont été exposées à des maladies mortelles et à un manque d’eau ? Des milliers et pourtant votre mentor faisait des dépenses de folies que tout le gouvernement applaudissait et disait que c’est un homme de vision. Où est-ce que cette vision nous a menés ? Pourquoi faire des dépenses de folies puis se tourner vers la France, la Chine et les Etats-Unis pour de l’aide face à ce désastre ? Ne trouvez-vous pas cela un peu irresponsable ?

Monsieur le Président, près de 30 000 maisons étaient détruites, entrainant le déplacement de plus de 250 000 habitants. Savez-vous ce que le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction avait dit ? Il avait dit que des milliers de personnes ont été déplacées parce qu’elles ont construit des maisons là où elles n’auraient jamais dû. Qui octroie ces permis de construire ? Qui s’occupe des constructions illégales ? N’est-ce pas ce même gouvernement ? Comprenons donc par la déclaration de ce ministre que le gouvernement était incompétent.

Faisant partie des pays les plus pauvres, le Sénégal, malgré cette flopée de ministères, d’agences et d’avantages, ne pouvait rien face à cette catastrophe. Criant toujours haut et fort que le Sénégal est un pays souverain et qu’aucun pays ne nous dira que faire ni comment le faire, nous avons encore quémandé de l’argent. Monsieur le Président, la France, nous avait donné presque 150 millions de dollars et la Chine nous avait donné presque 100 millions de dollars sans compter les Américains qui avaient fait un don de 50 000 moustiquaires sans compter les dons financiers par le biais de l’USAID.

Ayant décidé de prendre des mesures pour éviter que cela ne se reproduise, la loi interdisant la construction dans certaines zones avait été réactivée et les populations qui vivaient dans ces zones avaient été recasées avec l’aide des dons. Qu’est-ce qui a été fait dans le sens de l’assainissement ? Pas assez évidemment, car chaque année, les précipitations provoquent des inondations et déplacent les populations sans compter les maladies telles que le paludisme et le choléra. Ayant assisté à tout cela, je croyais que les choses allaient changer sous votre ère, Monsieur le président. Nul ne dit que vous pouvez régler tous les problèmes, mais il y a ce qu’on appelle des problèmes vitaux et que personne ne me dise qu’au Sénégal tout est vital. Savez combien d’enfants meurent du paludisme au Sénégal ?

Monsieur le Président, dans l’étude faite par la Banque Africaine de Développement pour ce projet, ils nous disent que la détérioration du climat au cours des 40 dernières années a entraîné un raccourcissement de la durée de la saison des pluies et a contribué à affaiblir les écosystèmes. La forêt de Mbao, qui est considérée comme le poumon vert de Dakar, est impacté par ce projet et pourtant, ils disent que cette forêt joue un rôle important dans la qualité de vie des résidents et un rôle essentiel dans la résolution des problèmes d’inondation a Malika et Keur-Massar. Ce projet, valait-il la peine de déboiser peu soit-il de cette forêt ?

Ne nous disent-ils pas aussi que le TER est dangereusement proche du dépôt d’hydrocarbures de Hann Bel Air, de l’hôpital pour enfants de Diamniadio et que cette proximité est susceptible d’être un risque majeur pour le fonctionnement du TER en cas de déraillement, d’incendies et ou d’explosions ? Avant d’ajouter que la ligne à haute tension et les réservoirs d’alimentation diesel sont un autre enjeu sécuritaire majeur avec ce qui reste de la forêt de Mbao ? Monsieur le Président, où sont les études techniques qui tiennent en compte ces risques dans un pays où l’indiscipline est présente partout ?

Pourquoi on assiste déjà à des inondations alors que le TER n’est pas encore opérationnel ? Il faut quand même faire confiance à ces experts dans leur domaine. Je ne vais jamais m’aventurer dans ce que je ne maîtrise pas, mais en tant que sénégalais lambda, j’ai le droit de questionner. Ces ingénieurs sont conscients des inondations soudaines au Sénégal, mais ils disent qu’ils peuvent prévenir tout ce problème par la conception d’un réseau de drainage approprié capable de recevoir des débits maximaux. Ils ajoutent aussi qu’un réseau de drainage spécifique à la phase de construction devrait être mis en œuvre et les canaux naturels d’écoulement de l’eau ne devraient pas être obstrués. Que ceux qui sont des experts dans ce domaine nous décortiquent la faisabilité pour qu’on puisse mieux comprendre.

Quoiqu’il en soit, Marilin Diarra avait certifié le 16 septembre 2015 au ministère de l’Environnement, que le projet du TER est conforme aux dispositions du Code de l’environnement relatives aux études d’impact.

Monsieur le Président, je viens encore auprès de vous solliciter une assistance aux populations affectées par les inondations. Ces populations omniprésentes, mais toujours invisibles aux yeux des gouvernants sauf pendant des élections.

 

Mohamed Dia

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