Jézabel Couppey-Soubeyran: «N’attendons pas que la maison Europe brûle»

 

Depuis des mois, les propositions affluent pour « changer l’Europe », au moins pour remédier aux faiblesses originelles de la zone euro et restaurer la cohésion en son sein, sous peine de la voir se consumer. L’angle institutionnel est le plus souvent privilégié : un Parlement européen renforcé, un ministre des finances pour la zone euro, une assurance chômage européenne… Celui de la politique économique, en revanche, est souvent évité. Il est pourtant essentiel.

C’est la politique économique de la zone euro qu’il faut rebâtir en y introduisant la stabilité financière comme objectif à part entière

Les signataires du manifeste Changer l’Europe, c’est possible ! (Seuil, 96 p., 3 €), lancé initialement par des intellectuels et des responsables politique, rejoints par une centaine de milliers de citoyens, proposent de doper le budget européen. D’abord parce qu’il faut une redistribution adaptée pour répondre à la montée des inégalités, non pas tant entre les pays européens mais en leur sein : il y a des riches et des pauvres en Grèce comme en Allemagne. Mais aussi parce que l’Europe est le niveau pertinent face à la montée des enjeux transnationaux : la transition écologique, la lutte contre le terrorisme, l’accueil des migrants ne sont pas gérables à l’échelle nationale. Ce sont des défis communs qui exigent des ressources communes.

Mais si l’Allemagne ne veut pas redistribuer chez elle, comment l’acceptera-t-elle à l’échelon européen ? Ne faut-il pas, au préalable, européaniser nos Etats providence nationaux, élargir l’espace des solidarités en mettant en place une institution protectrice commune, telle qu’une assurance-chômage européenne ? La proposition est soutenue en France par le président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Xavier Ragot, dans Civiliser le capitalisme (Fayard, 184 p., 18 €).

Remettre la finance au service de l’économie

Si ces propositions institutionnelles comme budgétaires gagneraient à être concrétisées, elles font l’impasse sur une dimension cruciale des divergences européennes : l’ultra-financiarisation des économies de la zone euro, où le secteur bancaire et financier représente près de huit fois le PIB total selon les données du Financial Stability Board (« Global Monitoring Report on Non-Bank Financial Intermediation », 2018). C’est souvent dans le grand balancier du cycle financier (emballement puis repli des prix des actifs, de l’immobilier, du crédit…) de chaque Etat membre que les déséquilibres se forment. Ne rien prévoir pour les prévenir voue toute politique économique européenne à l’échec.

 

Jézabel Couppey-Soubeyran,

Economiste

 

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