La « validité scientifique » des travaux de Cheikh Anta Diop est restée « pleine et entière »

La ‘’validité scientifique’’ des travaux de recherche effectués par Cheikh Anta Diop (1923-1986) est restée ‘’pleine et entière’’, malgré les décennies qui se sont écoulées après leur publication, soutient le leader politique et médecin biologiste Dialo Diop, un des disciples du savant décédé il y a 34 ans.
‘’Ceux qui se sont intéressés à la pensée politique de Cheikh Anta Diop découvrent avec ravissement que la validité scientifique de ses travaux de recherche en histoire, langues, sociologique et philosophie demeure pleine et entière’’, affirme M. Diop dans une interview publiée ce week-end par le quotidien EnQuête.
Dialo Diop, enseignant à l’Université Cheikh-Anta-Diop, se base sur l’un des livres du savant sénégalais décédé le 7 février 1986 pour déclarer encore valides ses idées, sur le plan politique par exemple, sur la nécessité de fonder un Etat fédéral africain en particulier.
‘’En 1960, immédiatement après avoir soutenu sa thèse, il rentre au Sénégal et publie un ouvrage intitulé +Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire+. Dans cet ouvrage, il dit que si l’Afrique veut se redresser et recouvrer la maîtrise de sa propre destinée, elle doit s’unir politiquement sur le modèle fédéral. Sinon, elle est condamnée à la +sud-américanisation+. Soixante ans après, cette prédiction s’est vérifiée jusqu’à la caricature. L’Afrique ne s’est pas fédérée, elle s’est +sud-américanisée+ jusqu’à la cocaïnisation’’, analyse M. Diop.
‘’C’est la cocaïne des Sud-Américains que nous recyclons sur toute la côte de notre continent. De l’Angola au Maroc. C’était la zone de transit. Maintenant, c’est devenu une zone de redistribution’’, explique-t-il.
Aujourd’hui, les leaders africains n’ont pas résolu l’équation de la sécurité, l’un des fondements de l’Etat fédéral proposé par Cheikh Anta Diop, laisse entendre son disciple. ‘’La question sécuritaire est devenue un slogan que tous les chefs d’Etat reprennent, mais qu’ils sont incapables d’appliquer et de mettre en œuvre. Pour le G5-Sahel (une organisation créée par le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad pour lutter contre les groupes djihadistes), il a fallu qu’[Emmanuel] Macron (le président français) leur demande de le créer pour qu’ils le fassent. (…) On est dans la dépendance jusqu’à présent’’, fait remarquer Dialo Diop, secrétaire général du Rassemblement national démocratique, un parti fondé par Cheikh Anta Diop.
Il rappelle que ‘’l’une des contributions de Cheikh Anta Diop à la pensée politique panafricaniste, c’est de montrer que nous ne pouvons pas réformer les Etats coloniaux que nous avons hérités de l’impérialisme berlinois : la fragmentation du continent’’.
‘’Un nouveau type d’Etat’’
‘’Nous devons repenser un nouveau type d’Etat continental. Pour lui, l’Afrique va devoir se fédérer et s’unir, pas par la force, mais par la persuasion. On doit amener nos compatriotes africains à comprendre que c’est notre intérêt collectif de nous unir et de nous souder en un seul bloc, sous une direction de lutte, pour avoir un Etat qui soit radicalement différent de l’Etat colonial +négrifié+ que nous avons hérité, par exemple, des Français’’, dit Dialo Diop, se basant sur les thèses panafricanistes de son maître.
‘’Cheikh nous a expliqués pourquoi nous devons nous réunifier sur la base de la persuasion, pas sur celle de la violence, ajoute-t-il. Parce qu’au-delà de nos diversités apparentes, il y a une profonde unité culturelle des peuples africains. Nous sommes le seul continent au monde où le désir d’unité des populations est aussi fort. Il est lié à notre sentiment d’avoir subi le même sort stoïquement, au moins dans les temps modernes.’’
Cheikh Anta Diop, décédé le 7 février 1986, est considéré par certains comme le restaurateur d’une conscience historique africaine malmenée par la colonisation et la domination occidentale.
Trente-quatre ans après sa disparition, certaines de ses idées, l’antériorité des civilisations africaines ou ‘’l’africanité’’ de l’Egypte pharaonique, font l’objet de beaucoup de controverses dans les milieux universitaires, notamment en Occident.
Outre son égyptocentrisme, il lui a été souvent reproché l’importance qu’il accordait à la notion de race et la trop grande influence de son combat politique sur ses théories scientifiques.
Selon ses critiques, son œuvre resterait trop empreinte d’idéologie. Mais Aboubacry Moussa Lam, un des continuateurs de son œuvre à l’université qui porte aujourd’hui son nom, insiste sur le fait que ‘’Cheikh Anta Diop n’a pas choisi son terrain de combat, il n’a fait que répondre aux débats de son époque’’.
AfroActu.com

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