L’Algérie entame ce mardi une « phase d’inconstitutionnalité »

L’Algérie entre officiellement ce mardi 9 juillet dans l’inconstitutionnalité avec la fin de mandat du président par intérim Abdelkader Bensalah, un chef d’Etat décrié par la rue. Malgré la situation d’impasse, le pays est déterminé à s’engager dans une transformation de son système politique.

 

Entré en fonction précisément le 9 avril, après la démission de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika (20 ans au pouvoir) et suite à la validation des deux chambres du Parlement réunies en congrès, Abdelkader Bensalah qui présidait le Conseil de la Nation devait, selon la Constitution algérienne diriger le pays -avec des prérogatives limitées- pendant la période de 90 jours nécessaire pour organiser un scrutin présidentiel et sortir le pays de la crise.

Les trois mois du mandat de chef d’Etat par intérim arrivent à expiration ce mardi et le bilan est plus que mitigé. Pas de sortie de crise en vue, pas d’élections présidentielles, pas non plus de date fixée, des manifestations hebdomadaires toujours aussi intenses, soit des preuves évidentes de l’échec de la principale mission d’Abdelakder Bensalah.

Gaid Salah à la rescousse

Pourtant il aura essayé à maintes reprises, avec entre autres et essentiellement, l’aide du général et chef d’état major Ahmed Gaid Salah qui a étalé ses muscles plus d’une fois lors de ses discours depuis les régions militaires, pour inciter à organiser un scrutin au plus vite.

Mais les Algériens ont tout fait pour bloquer le processus engagé par les autorités publiques, et cela, n’est pas motivé par un caprice ou une envie irrépressible de dire « non ». Il s’agit d’une envie plus forte et plus profonde de changer tout le système algérien.

La rue a compris que dès lors qu’elle avait commencé à se réunir et faire pression pour obtenir ses revendications sociales et politiques, elle ne pouvait plus faire marche arrière. Cela passait évidemment par le rejet de toute offre proposée par les traditionnels artisans du pouvoir.

Ni Gaid Salah ni Abdelkader Bensalah n’avaient le choix devant la marée humaine, le front commun composé par l’opposition et de la société civile pour rejeter de l’organisation d’une présidentielle expéditive avec les mêmes symboles du pouvoir décriés depuis le 22 février, date de début des manifestations contre le « mandat de la honte », le 5ème d’Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, et victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013 qui l’a fortement handicapé.

Ne pas faire tomber le pays dans l’inconstitutionnalité, le prétexte avancé par les tenants du pouvoir, n’aura pas fait fléchir les manifestants, ni la classe politique qui a rejoint le mouvement populaire en boycottant les élections. Seuls deux candidats avaient déposé leur dossier auprès du Conseil Constitutionnel pour les élections du 4 juillet. Des dossiers qui ont d’ailleurs été rejetés.

Flou constitutionnel 

Ce mardi 9 juillet marque donc l’entrée officielle de l’Algérie dans le vide constitutionnel avec le risque que certaines parties s’engouffrent dans la brèche, notamment avec le prolongement Ad vitam æternam (du moins jusqu’à une nouvelle élection présidentielle) du mandat de cet homme réservé, qui n’a jamais fait de vagues mais qui pâtit pourtant de sa proximité du clan Bouteflika.

Mais la société, surtout les participants au Forum pour le dialogue national, s’est montrée plutôt « accueillante », avec des réserves malgré tout, de l’offre contenue dans le dernier discours d’Abdelkader Bensalah. Cependant, des prérequis sont demandés, à savoir la libération des détenus d’opinion comme l’ancien Moudjahid, Lakhdar Bouregaâ, l’arrêt des pressions sur le mouvement de revendication populaire ainsi que sur la presse, surtout les médias d’Etat. Des revendications de base avant d’enclencher toute négociation avec le pouvoir.

Le mouvement populaire cherchera les prochains jours à accorder ses violons d’abord et trouver des compromis entre les revendications de toutes les parties et mouvances avant de proposer une feuille de route pour un apaisement de la situation politique et une reprise de confiance entre les Algériens et les autorités. Une chose est sûre, malgré toutes les divergences, toutes les parties s’accordent à dire qu’un changement radical du système politique est le socle commun de leur revendications.

 

Afroactu.com

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