Maroc – Espagne entre ambiguïté et méfiance

D’aucuns voient une un brin d’ouverture et un nouveau changement dans les attitudes de l’Espagne quant à ses relations avec le Maroc. En effet, des partis espagnols ont appelé l’Exécutif à ne plus être assujetti à la « politique de la sourde oreille » avec Rabat, et faire en sorte que la confiance revienne entre les deux pays. Il faut dire que Madrid n’arrange pas les choses en s’accrochant à sa position sur la marocanité du Sahara. D’où la persistance d’une crise bilatérale déjà bien ancrée, et ce malgré quelques échanges de paroles bien intentionnés entre les autorités des deux pays.

Depuis le retrait de Karima Benyaich en mai, il n’y a toujours pas d’ambassadeur du Maroc à Madrid. La septième Réunion de haut niveau Maroc-Espagne, initialement prévue en décembre 2020, est suspendue sine die et il n’y a toujours pas eu de rencontre officielle entre les membres des deux gouvernements. Après avoir vécu une situation similaire avec l’Allemagne, le changement de ton de cette dernière a été du goût de Rabat et la crise avec Berlin est désormais considérée comme terminée. Aussi, le Maroc apprécierait de ses voisins espagnols, pour sceller la normalisation, un geste similaire. Rabat, sans les utiliser, dispose de plusieurs cartes de pression qui peuvent servir à convaincre le voisin du nord du bien-fondé de sa proposition d’autonomie pour résoudre le conflit du Sahara. Ce qui n’est pas en contradiction de principe avec les décisions du droit international. Aussi, laisse-t-elle à l’Espagne le soin de l’appréciation et du soutien à sa cause. Mais pour cela, Madrid doit s’en remettre à la raison politique, historique, économique et géostratégique.

L’expert marocain en relations internationales, Naoufal Bouamri, avocat, chercheur et spécialiste du dossier Sahara a déclaré à Hespress que « l’Espagne, au regard du contexte, n’avait pas d’autre choix que de s’aligner sur la position des Etats-Unis et de l’Allemagne dans ses relations avec le Maroc, car ces deux pays ont choisi de construire en toute clarté, une relation stratégique avec Rabat ». Bouamri a poursuivi en disant : « L’Espagne n’a que le soutien de cette initiative, qui est devenue un plan international unique pour résoudre le conflit du Sahara. Elle doit donc opter, entre faire partie de la politique et économique de la région dans le futur, ou rester l’otage de son histoire coloniale ».

L’expert en relations internationales a souligné que « la nouvelle situation à laquelle est parvenu le Maroc, en tant que pays pionnier et leader de l’Afrique et qui est la principale porte d’entrée de ce continent ainsi que la situation dans laquelle prospère notre région du Sahara ne permet plus à la question de la sécession de se poser comme avant. Elle est devenue désormais une question dépassée ». Le spécialiste du dossier du Sahara a également expliqué que « la volonté royale a clairement fait état de la nature des relations et du partenariat qui le liera désormais à l’étranger et plus particulièrement avec ses voisins. Et si l’Espagne y tient, elle sait donc à quoi s’en tenir.

Pour sa part, Moulay Hicham Mouatadid, politologue et conseiller en affaires et relations internationales, a indiqué à Hespress que l’Espagne traverse une crise stratégique au niveau de sa politique étrangère, de par une instabilité administrative et diplomatique. « Par conséquent, il est impossible de conclure à une perception précise quant à la conformité de l’Espagne avec la décision de l’Allemagne de reconnaître la proposition d’autonomie, et ainsi de mettre fin au différend politique et diplomatique avec le Maroc ».

L’analyste politique a expliqué que « la faiblesse du gouvernement espagnol d’approuver une carte politique clairement définie sur le dossier du Sahara peut lui valoir des déboires au regard de ses positions vacillantes et ambiguës dans la gestion de ce dossier sensible pour Rabat. Elles ne rassurent pas l’administration marocaine pour aller de l’avant pour une reprise des relations diplomatiques pleines avec Madrid ». 

Mouatadid a estimé en outre que la démarche allemande vient renforcer la position européenne sur la question nationale et constitue une pression politique supplémentaire sur le gouvernement espagnol afin de sortir de son hésitation diplomatique sur la question du Sahara et de s’aligner sur la communauté internationale, en reconnaissant la proposition d’autonomie.

D’autant plus que l’Espagne est pleinement consciente qu’elle ne peut continuer à marchander sa position aux dépens des réalités historiques et politiques des provinces méridionales du Royaume. Et pour finir, le chercheur a ajouté que « le début d’une nouvelle page avec le Maroc dépend de la mesure dans laquelle l’administration espagnole porte sa responsabilité internationale et historique vis-à-vis du dossier du Sahara et sa capacité à dégager sa vision traditionnelle et classique de sa relation avec Rabat. Les transformations géostratégiques de la région méditerranéenne ont pris des dimensions nouvelles et avancées, et ont ainsi créé un nouveau type d’équilibre politique et militaire qui nécessite que Madrid relise sa vision et sa stratégie dans la région ».

Moulay Hicham Mouatadid a conclu en disant que « les paramètres politiques qui déterminent la politique étrangère du Maroc sont devenus plus clairs et ont mûris, après que le Roi Mohammed VI les ait liés aux investissements étrangers au Maroc en soulignant l’obligation de respecter la pleine souveraineté du Royaume au profit de privilèges et incitations que le Maroc offrait dans le domaine des investissements commerciaux, économiques et industriels ». 

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