Nouvelles manifestations sanglantes en Irak, la contestation prend de l’ampleur dans le Sud

 

Des manifestants fuient la police antiémeute, à Bagdad, le 3 octobre.

 

Les affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants sont chaque jour de plus en plus sanglants en Irak. Au total, 26 manifestants et deux policiers ont été tués depuis le début, mardi à Bagdad, d’un mouvement qui a depuis gagné la quasi-totalité du sud du pays. Dix-sept personnes sont mortes dans la seule province méridionale de Zi Qar.

Jeudi 3 octobre, au troisième jour d’un mouvement pour l’emploi et contre la corruption, les blindés des forces spéciales sont entrés en action à Bagdad pour repousser la foule. Manifestants d’un côté et policiers antiémeutes et militaires de l’autre se repoussaient par vagues dans la capitale, placée sous couvre-feu et où les fonctionnaires – la majorité des travailleurs du pays – ont été appelés à rester chez eux.

Pour faire reculer plusieurs milliers de protestataires arrivés à bord de camions en brandissant des drapeaux, les forces de sécurité tiraient à balles réelles, à bord de blindés. Sur la place Al-Tayyaran, dans le centre, les manifestants s’en sont pris à ces véhicules, en incendiant deux, a rapporté un photographe de l’Agence France-Presse (AFP).

Un test majeur pour le gouvernement

Dans d’autres villes du Sud, des affrontements ont également eu lieu et neuf nouveaux morts – dont un policier – ont été recensés en fin de journée par des responsables de la santé. Les autorités ont décrété un couvre-feu à Diwaniya, à 150 km au sud de Bagdad, tentant de faire fermer commerces et bureaux. De telles mesures prises la veille ailleurs, notamment à Bagdad, n’ont pas eu d’effet.

Ces manifestations sont un test majeur pour le gouvernement d’Adel Abdel Mahdi, qui doit souffler sa première bougie à la fin du mois. Dans la rue, les contestataires demandent notamment des services publics fonctionnels dans un pays en pénurie d’électricité et d’eau potable depuis des décennies, des emplois pour les jeunes alors qu’un sur quatre d’entre eux est au chômage, et la fin de la corruption qui a englouti en seize ans plus de quatre fois le budget de l’Etat – soit 410 milliards d’euros.

Les autorités, qui dénoncent des « saboteurs » parmi les protestataires, ont réagi en instaurant dans la nuit un couvre-feu à Bagdad et dans plusieurs villes du Sud, sans que cela n’entrave l’amplification du mouvement. Internet, d’où sont partis les appels à manifester, a également été coupé dans une grande partie du pays.

Bagdad et le Sud s’embrasent

A cette heure, aucun parti politique ni chef religieux n’a revendiqué la paternité du mouvement, une rareté dans un pays habitué aux clivages confessionnels. Mercredi soir, toutefois, le leader chiite Moqtada Al-Sadr a appelé ses très nombreux partisans, qui avaient déjà paralysé le pays en 2016 avec des manifestations à Bagdad, à organiser des « sit-in pacifiques ». S’ils rejoignent effectivement les rangs des manifestants, dont le nombre n’a cessé de grossir au fil de la journée, ils pourraient changer la donne dans les affrontements, qui éclatent généralement en fin d’après-midi pour continuer jusqu’à l’aube.

A défaut d’une filiation claire, le mouvement apparaît marqué du point de vue géographique : tandis que Bagdad et le Sud s’embrasent, le calme prévaut au nord et à l’ouest de Bagdad, régions principalement sunnites et récemment ravagées par la guerre contre l’organisation Etat islamique (EI), ainsi que dans le Kurdistan autonome.

Bagdad cristallise les violences car les protestataires cherchent à prendre la place Tahrir, séparée de l’ultrasensible Zone verte – où siègent les principales institutions du pays et l’ambassade américaine – uniquement par un pont, Al-Joumhouriya, bouclé par les forces de l’ordre. Symbole fort, les autorités ont refermé ce secteur qui avait été rouvert aux Irakiens en juin seulement, après 15 années de repli derrière murs et barbelés.

AfroActu.com 

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