Egypte: près du Caire, la résignation des habitants

Une femme égyptienne montre son doigt encré, signe qu’elle a voté, le 21 avril au Caire.

 

A quelques dizaines de mètres du bureau de vote de la rue principale d’une bourgade agricole de 50 000 habitants près de Mounib dans la province de Gizeh, au sud du Caire, des dizaines de femmes vêtues de djellabas et de voiles colorés défilent sous une tente installée par l’une des grandes familles locales, lundi 22 avril. Une banderole proclame le soutien de la famille au projet de révision constitutionnelle sur lequel 61 millions d’Egyptiens ont été appelés à se prononcer par référendum du 20 au 22 avril.

L’amendement-phare devrait permettre au président Abdel-Fattah Al-Sissi de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Après avoir montré leur annulaire maculé d’encre rose, preuve de leur passage à l’isoloir, ces électrices récupèrent un coupon tamponné qu’elles s’empressent d’aller échanger à côté contre un colis alimentaire, sous l’œil passif des policiers qui sécurisent le scrutin.

Les employés locaux et les agents du bureau de vote font mine de ne pas savoir ce qui se passe dehors. A l’échelle nationale, l’Organisme général de l’information a assuré lundi n’avoir observé que quelques cas isolés dont « l’objectif est d’encourager les gens à voter, et non pas à les diriger vers un choix précis ». Ces techniques d’achat de vote, que Le Monde a pu aussi observer devant plusieurs bureaux du centre-ville du Caire, sont récurrentes dans les scrutins égyptiens. Cette fois, les soutiens du président Sissi – hommes politiques, hommes d’affaires et dignitaires locaux – se sont mobilisés pour encourager la participation, principal enjeu d’un scrutin qui passionne peu la rue égyptienne.

« Les chefs des quatre grandes familles locales se sont arrangés avec la sécurité : l’un finance les tentes, l’autre les colis, un autre les minibus qui amènent les gens, le dernier les jus de fruits. Ils sont toujours avec les autorités car ils ont leurs business, dans l’agriculture et l’industrie. Ils étaient avec [l’ancien président Hosni] Moubarak avant, ils sont avec Sissi aujourd’hui », assure Saïd (le nom a été modifié), un quadragénaire, homme d’affaires issu de l’une des grandes familles locales. « Ils donnent les colis aux femmes car elles sont plus faciles à contrôler et parce que beaucoup d’hommes trouvent honteux d’aller récupérer un colis », ajoute-t-il.

Afroactu.com

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