RDC : le Roi Philippe attendu à Kinshasa

Le roi des Belges Philippe arrive mardi après-midi à Kinshasa pour sa première visite officielle en République démocratique du Congo (RDC), sur fond de travail de mémoire et de réconciliation entre la Belgique et son ancienne colonie.

Le souverain, son épouse Mathilde et la délégation gouvernementale qui les accompagne doivent être accueillis à l’aéroport international de N’Djili par le président de la RDC Félix Tshisekedi, son épouse et diverses institutions étatiques et politiques mobilisées pour l’occasion.

Cette visite royale, la première depuis celle en 2010 d’Albert II, père de Philippe, a été deux fois reportée, en 2020 à cause de la pandémie de Covid-19 puis au début de cette année en raison de la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine.

Elle revêt une forte portée symbolique, deux ans après que le roi, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de l’ex-Congo belge, ait exprimé dans une lettre à Félix Tshisekedi ses « plus profonds regrets » pour les « blessures » de la colonisation, une première historique.

Le souverain, qui règne depuis 2013, avait regretté les « actes de violence et de cruauté » commis à l’époque où son ancêtre Léopold II avait fait du Congo sa propriété personnelle (1885-1908), avant le demi-siècle de présence de l’Etat belge dans l’immense pays d’Afrique centrale.

« Il y a eu des regrets, c’est le début d’un nouveau partenariat qui va aller en se consolidant », a estimé lundi soir à Kinshasa devant la presse le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, lors d’un briefing consacré à cette visite.

« Nous n’oublions pas le passé, nous regardons l’avenir« , a-t-il ajouté, en se félicitant des « relations raffermies » avec la Belgique, alors qu’elles étaient « par le passé au bord de la rupture ».

La relation fut difficile entre les deux pays durant la fin de la présidence du prédécesseur de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila (2001-2018), critiqué y compris par Bruxelles pour s’être maintenu au pouvoir au-delà de son deuxième mandat, en violation de la Constitution. La coopération avait été un temps suspendue.

« Construire un bon futur »

« Je pense que parfois, pour pouvoir construire un bon futur, il faut affronter le passé », a également déclaré à la RTBF le Premier ministre belge Alexander De Croo, mardi matin avant son départ de Bruxelles pour Kinshasa, en évoquant lui aussi « la lettre tout à fait historique » du roi Philippe.

Aller en RDC et porter « un message en prolongement de cette lettre est un moment très, très important, (…) un moment historique », a-t-il ajouté.

Le passé colonial, avec entre autres la question de la restitution des œuvres d’art à l’ancienne colonie, devrait de nouveau être évoqué durant ce voyage du roi qui, selon le palais royal belge, veut aussi donner un « nouveau souffle » au partenariat avec Kinshasa.

Santé, éducation, formation, protection des forêts… Philippe et son épouse devraient avoir un aperçu des secteurs où s’exerce l’aide au développement. La Belgique est le quatrième bailleur de fonds de la RDC, après les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Le voyage du roi comprendra trois étapes : Kinshasa d’abord, avec notamment une visite mercredi au musée national et un discours sur l’esplanade de l’Assemblée nationale, Lubumbashi dans le sud-est minier, avec une intervention vendredi devant les étudiants de l’université, et Bukavu, dans l’est, région en proie depuis près de trois décennies aux violences de groupes armés.

Le roi doit visiter dimanche dans un quartier périphérique de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, la clinique du gynécologue Denis Mukwege, co-lauréat du prix Nobel de la paix en 2018 pour son action en faveur des femmes victimes de viols.

Ce déplacement du roi Philippe intervient en plein regain de tension entre la RDC et son voisin le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir une ancienne rébellion réapparue en fin d’année dernière et que de violents combats ont opposée fin mai à l’armée congolaise dans la province voisine du Nord-Kivu. Kigali dément, mais Félix Tshisekedi a assuré dimanche n’avoir « aucun doute » sur ce soutien.

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