Somalie: l’élection présidentielle fixée au 10 octobre

La Somalie a fixé mardi au 10 octobre l’élection de son président, un scrutin dont le report avait provoqué ces derniers mois l’une des pires crises politiques récentes dans cet Etat instable de la Corne de l’Afrique. A l’issue de deux jours de négociations entre les dirigeants politiques somaliens, le bureau du Premier ministre Mohamed Hussein Roble a publié sur Twitter le calendrier détaillé de ces élections indirectes très attendues dans le pays.

« Nous avons conclu avec succès le Forum national de consultation avec d’importantes décisions concernant les élections du pays », a déclaré plus tard M. Roble sur son compte Twitter. « Je salue les leaders du conseil et espère que l’élection sera pacifique et transparente, basée sur le calendrier et sur les processus convenus », a-t-il ajouté.

Mi-avril, la prolongation pour deux ans du mandat du président Mohamed Abdullahi Mohamed, dit Farmajo, qui avait expiré le 8 février, avait mené à de violents affrontements à Mogadiscio, menaçant le fragile équilibre sécuritaire de ce pays meurtri par le souvenir de la guerre civile. Début mai, dans un geste d’apaisement, Farmajo a finalement chargé M. Roble d’organiser des élections dans les meilleurs délais.

Un mois plus tard, évoquant « un jour historique », le gouvernement avait annoncé, après consultation avec les leaders des régions de cet Etat fédéral, la tenue 60 jours plus tard des élections. Elles démarreront donc le 25 juillet avec les élections au Sénat, puis se poursuivront par celles de la Chambre basse, la Chambre du peuple, entre le 10 août et le 10 septembre.

Selon le complexe système électoral somalien, des délégués spéciaux investis par une myriade de clans et de sous-clans choisissent les parlementaires, qui eux-mêmes désignent le président. Les parlementaires se réuniront pour élire le chef de l’Etat le 10 octobre.

« Tout le monde est soulagé » 

La Somalie n’a pas tenu d’élections directes et universelles depuis 1969, année où le dictateur Siad Barré a pris le pouvoir par la force. Les Nations unies ont par le passé estimé que l’adoption d’un système direct « une personne, une voix » serait essentiel pour la démocratisation de ce pays après des décennies de chaos et d’instabilité.

Mais le pays, rongé par les luttes politiques intestines, par les problèmes logistiques et par la rébellion de la milice islamiste shebab, ne parvient pas à atteindre cet objectif. Le gouvernement et les cinq Etats semi-autonomes du pays avaient conclu le 17 septembre 2020 un accord prévoyant l’organisation d’élections avant la fin du mandat de Farmajo, toujours selon ce système indirect, mais plus représentatif.

Le processus n’avait pas abouti, le gouvernement fédéral et les dirigeants des Etats du Puntland et du Jubaland échouant à s’entendre sur l’organisation du scrutin. Et des mois de négociations soutenues par les Nations unies n’ont pas permis de respecter le calendrier initial.

Retardées, les élections à venir s’annoncent cependant plus inclusives que les précédentes, avec deux fois plus de bureaux de vote et près de deux fois plus de délégués participant au scrutin que lors du dernier vote, en 2017. Les femmes pourront débourser moins d’argent pour enregistrer leur candidature, dans le but de favoriser leur représentation.

« Au moins, nous savons quand l’élection se tiendra maintenant. J’espère qu’il n’y aura pas d’autres complications à partir d’aujourd’hui et jusqu’à ce que l’élection ait lieu comme prévu », a déclaré à l’AFP Abdifatah Ibrahim, homme politique et futur candidat parlementaire.

De son côté, Suado Mohamed, membre d’une association de femmes, a affirmé que l’inquiétude grandissait à mesure que se rapprochait la date butoir des 60 jours. « Mais aujourd’hui tout le monde est soulagé, et le pays est maintenant prêt pour les élections », a-t-elle dit.

En 2017, l’élection du président Farmajo avait suscité beaucoup d’espoir dans la population, qui voyait en lui un dirigeant soucieux de lutter contre la corruption et déterminé à combattre les islamistes shebab. Mais la prolongation de son mandat a été perçue par beaucoup comme un passage en force pour se maintenir au pouvoir et, entre autres problèmes, les shebab n’ont pas été particulièrement inquiétés sous sa présidence.

Le gouvernement de Mogadiscio ne contrôle toujours qu’une faible portion du territoire national, avec l’aide cruciale des quelque 20.000 hommes de la force de l’Union africaine (UA), l’Amisom, qui agit sous mandat de l’ONU.

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