Tous coupables de l’esclavage des Harratines (Par Mohamed Dia)

 

Dernier pays à abolir l’esclavage en 1981, ce ne sera qu’en 2007 qu’une loi criminalisant l’esclavage verra le jour. Près de 50 000 esclaves sont dans ce pays qui a mis plus d’activistes en prison que ceux qui se livrent à l’esclavage. La Mauritanie a traversé une paralysie politique et le gouvernement en a profité pour négliger l’application de cette loi. Le gouvernement ne coopère pas avec la société civile, ne lance pas des campagnes de sensibilisation, ni ne fournit une assistance juridique ou financière aux victimes. La relation esclave-maître est paternaliste, le maître fournit la nourriture, les vêtements et l’abri contre un travail non rémunéré dans de très mauvaises conditions. Ils travaillent souvent comme bergers, gardes ou domestiques.

L’esclavage au 21e siècle

L’esclavage en Mauritanie est présent aussi bien dans les communautés afro-mauritaniennes à cause du système de castes, que dans les communautés arabes. Il ne faut pas tomber dans le piège de penser que l’esclavage en Mauritanie est exclusivement lié à des considérations raciales. On assiste à l’esclavage traditionnel comme le ligotage, mais aussi à l’esclavage avec des variantes plus modernes telles que l’exploitation des domestiques.

Avec une croissance de 3,6 %, la Mauritanie a un taux de pauvreté de près de 35 %. La Mauritanie a aussi un taux de chômage de 31 % et près de la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable, donc un pays très pauvre. Ces esclaves font partie de ces pauvres, qui sont analphabètes, qui n’ont nulle part où aller et qui sont sans ressources financières. Ils sont exploités et maltraités, les femmes sont exploitées sexuellement et les enfants ne reçoivent pas d’éducation. Pays essentiellement désertique et disposant seulement de moins de 1 % de terres arables, certains esclaves sont utilisés pour travailler la terre en échange d’une part de la récolte. Cependant, les maîtres peuvent décider de les chasser sans explication et de ne pas leur donner leur part de la récolte ni les héberger.

Les autorités vivant dans le déni, disent que les esclaves sont libres de partir, cependant, ils ne veulent pas accepter que les séquelles de l’esclavage qu’ils vivent soient les raisons pour lesquelles ils ne partent pas. Certains de ces esclaves ignorent leur droit et certains ne savent pas qu’il y a une loi criminalisant l’esclavage. Ceux qui connaissent cette loi sont illettrés et ne savent pas comment s’y prendre dans le système judiciaire. L’assistance juridique étant inexistante, il faut compter sur les ONG pour leur fournir un avocat et les aider dans les procédures légales. Le gouvernement n’a pas créé des abris pour les réinsérer socialement, ni de fonds social dans ce sens, donc ils sont aussi complices de ce fléau, qui les arrange aussi, car ils en bénéficient.

La loi de 2007 a été passée comme mesure d’apaisement, mais cette loi n’est pas érigée pour poursuivre les maîtres d’esclaves. Dans les rares cas où des cas d’esclavage sont traduits en justice, les juges, qui sont exclusivement des Maures blancs, recommandent un accord à l’amiable. Les autorités religieuses, qui sont souvent bien vues dans un pays musulman, nient l’existence de l’esclavage en Mauritanie. La raison est qu’eux-mêmes sont propriétaires d’esclaves, pour le pâturage de leur bétail entre autres.

Et maintenant ?

Il faut non seulement créer des programmes pour soutenir les groupes sous-représentés comme les Afro-Mauritaniens, qui sont souvent rejetés par les Maures blancs. Il faut ensuite encourager le gouvernement à appliquer la loi de 2007 criminalisant l’esclavage. Il faut que le gouvernement encourage des poursuites très médiatisées pour décourager les gens de continuer ces pratiques qui affectent les minorités.

Il faut aussi des études indépendantes pour quantifier l’impact social de l’esclavage. Les Maures parlent des conséquences de l’esclavage et non de l’esclavage tandis que les minorités décrient l’esclavage. Il faut que cette étude démontre si la situation est un problème de domination raciale ou s’il s’agit de problème de pauvreté. Certaines informations disent que les Afro-Mauritaniens ont des esclaves de même couleur, donc dans ce cas, il ne s’agirait pas d’esclavage basé sur la race, mais plutôt sur les moyens financiers. Pour faciliter l’étude, il faut une étude globale qui traite la lutte contre la traite des hommes, la défense des droits de l’homme.

Il est impératif que le gouvernement et la société civile travaillent ensemble main dans la main. Pour éradiquer ce fléau, il faut une coordination entre le gouvernement et la société civile. Ils devront élaborer une stratégie avec un suivi et des programmes de surveillance pour une réussite.

Comme on le disait en haut, certains esclaves ne sont pas au courant de quelconque loi qui criminalise l’esclavage, donc il est nécessaire de mener des campagnes de sensibilisation auprès des esclaves et de la population en général. Cette sensibilisation peut aussi se faire avec les chefs religieux locaux pour qu’ils puissent faire passer cette information.
Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités en offrant l’assistance juridique aux esclaves et diversifier les juges et autorités locales. Il faut aussi que ces derniers soient formés à l’implication de la loi criminalisant l’esclavage. La police et la gendarmerie doivent être formées pour pouvoir enquêter sur l’esclavage et dresser un procès-verbal très concis pour le tribunal. Il faudra enfin et surtout former des travailleurs sociaux spécialisés pour pouvoir aider la police à mener une enquête exhaustive. Ils auront aussi pour but d’assister les victimes en leur donnant les abris, la sécurité et l’aide au regroupement familial. Le gouvernement devra prendre ses responsabilités en créant des abris et en imposant la scolarisation des enfants.

Enfin

Il faut que les autorités acceptent qu’il existe un problème d’esclavage d’abord et arrêter de vivre dans le déni. Une fois qu’ils acceptent le fait, il faudra travailler avec la société civile et les ONG pour éradiquer ce problème. Il est nécessaire que le monde fasse quelque chose fasse à ce fléau au lieu de juste détourner le regard. Les Etats-Unis ont exclu la Mauritanie de l’Agoa pendant que l’Afrique et l’Europe restent somnolentes face à cette tragédie. Des procès commencent à voir le jour, mais tant qu’il n’y a pas de pression sur ce pays, cette pratique ne sera jamais éradiquée. Il faut imposer des sanctions et déclencher des discussions et négociations pour que la Mauritanie soit un pays où tous ses citoyens sont libres et égaux.

Durant la mise en œuvre de l’accord de partenariat entre la Mauritanie et la CEDEAO, les sujets ne doivent pas juste être d’ordre économique, politique et sécuritaire, il faut que nous exercions notre pouvoir pour que la Mauritanie reconnaisse et abolisse l’esclavage. La France, qui est deuxième fournisseur de la Mauritanie après la Chine, est aussi en train de fermer les yeux face à ce désastre pour préserver sa balance commerciale excédentaire de plus de 100 millions d’euros.

Nelson Mandela disait que « Personne n’est né avec la haine pour l’autre du fait de la couleur de sa peau, ou de son origine, ou de sa religion. Les gens doivent avoir appris à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer car l’amour jaillit plus naturellement du cœur humain que son opposé. »

 

Mohamed Dia

 

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