CEDEAO : l’avènement de la monnaie unique en 2027 hypothétique et l’avenir du franc CFA en pointillés

C’est en 2027 que les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) projetaient de lancer l’Eco, la monnaie unique de la région. «Nous avons une nouvelle feuille de route et un nouveau pacte de convergence qui couvrira la période 2023-20226. L’année 2027 étant celle du lancement de l’Eco», avait déclaré en juin 2023 Jean-Claude Kassi Brou, président de la Commission de la Cedeao, à l’issue du 59e sommet ordinaire de l’organisation qui s’est tenu le 19 juin 2021, à Accra, au Ghana.

Une déclaration qui avait redonné espoir aux partisans de la création d’une monnaie unique au sein de cet espace économique le plus intégré au niveau du continent africain.

Seulement, beaucoup d’observateurs étaient sceptiques quant au lancement de cette monnaie à cette date. A l’origine de ce blocage, les énormes divisions entre les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), ayant le franc CFA comme monnaie commune, et ceux de la Cedeao qui ont leurs propres monnaies, dont le Nigeria et le Ghana, deux puissances économiques et démographiques de la région.

A ces divisions s’ajoutent des évolutions récentes au niveau de la sous-région qui font qu’il est quasiment impossible de lancer cette monnaie unique en 2027.

D’abord, pour lancer la monnaie unique baptisée Eco à cette échéance, les pays de la région devaient respecter les critères de convergence, dits de premier rang, dont un déficit budgétaire limité à 3% du PIB, une inflation à 10% maximum et une dette inférieure à 70% du PIB. Chaque pays de la région doit respecter ces critères de convergence au moins trois ans avant l’année du lancement de la monnaie unique. En clair, les pays doivent atteindre ces seuils à fin 2023 et les conserver durant les années 2024, 2025 et 2026. On est en 2024, et de nombreux pays sont loin de respecter ces critères.

A titre d’exemple, le Nigeria et le Ghana, première et troisième puissances économiques de la Cedeao, affichent des taux d’inflation respectifs de 29,7% et 25,8% à fin mars 2024, soit des taux largement supérieurs à celui requis, de 10% maximum. De même, le déficit budgétaire affiché par les deux pays dépasse le seuil de 3% en s’établissant à 6,1% en 2023 pour le Nigeria avec une prévision de 3,9% en 2024 et 7,5% pour le Ghana en 2023 avec une prévision de 4,8% en 2024. En plus, pour le Ghana, le taux d’endettement dépasse les 70% de son PIB (près de 98%). Et ils ne sont pas les seuls pays de la région qui ne respectent pas les critères de convergence.

S’ajoute à ce non-respect, la sortie des trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) de la Cedeao, sortie non encore validée. La Cedeao a précisé que ce divorce ne peut être effectif qu’une année après la réception des demandes de sortie de l’institution. Mais pour les trois pays sahéliens enclavés, cette sortie de la Cedeao est déjà définitive. Les dirigeants des trois pays ne cessent d’annoncer leur volonté d’aller vers le fédéralisme et la création d’une monnaie commune.

Or, cette sortie fragilise non seulement la Cedeao qui se voit amputer de près de la moitié de sa superficie, mais aussi menace l’avènement de la monnaie unique de la région. L’heure est aujourd’hui aux tentatives visant à faire revenir les trois pays de l’AES dans le giron de la Cedeao.

C’est dans cette optique que s’inscrit la levée des sanctions politiques et économiques à l’égard des trois pays dont les dirigeants ne respectent pas le calendrier de la transition politique.

En clair, pour les dirigeants de la Cedeao, réduite à 12 membres, l’heure n’est plus aux discussions pour le lancement de la monnaie unique en 2027, mais à la reconstitution de cette organisation sous-régionale à 15 Etats.

Et pour corser le tout, un autre évènement politique pourrait perturber l’avènement de la monnaie unique: la volonté des nouveaux dirigeants sénégalais de sortir de la zone CFA et de lancer leur propre monnaie.

Depuis leur arrivée au pouvoir, les nouveaux dirigeants sénégalais ont édulcoré leur discours en soulignant que cette sortie du franc CFA s’inscrit dans le moyen et long terme, la priorité étant accordée à l’avènement d’une monnaie unique de la Cedeao. Mais tout semble indiquer que les échecs à répétition du lancement de cette monnaie unique ouest-africaine en 2003, 2005, 2009, 2015 et 2020, pourraient pousser les nouveaux dirigeants sénégalais, qui ont fait de la souveraineté (dont la sortie du franc CFA) une priorité, à lancer une monnaie propre à leur pays.

Ce faisant, les nouveaux dirigeants sénégalais se donnent le temps de remettre l’économie du pays sur les rails d’une croissance durable et solide, grâce à une meilleure gouvernance et à l’apport des ressources tirées des hydrocarbures dont l’exploitation démarre cette année. Une fois réunis ces ingrédients économiques, il est fort probable qu’ils abandonnent le franc CFA.

Un scénario qui scellerait le sort du franc CFA en Afrique de l’Ouest, surtout si les trois pays de l’AES finissent par créer leur propre monnaie avec le soutien de la Russie et de la Chine.

En clair, ce n’est pas uniquement l’avènement de la monnaie unique de la Cedeao qui pose problème, c’est aussi l’avenir du franc CFA qui s’écrit aussi en pointillés…

Par Moussa Diop

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