En crise diplomatique aiguë avec le Mali, l’Algérie accuse le Maroc d’en être le responsable

Entre l’Algérie et le Mali, la mésentente sourd en réalité depuis l’avènement des militaires au pouvoir à Bamako en août 2021. Non pas que l’Algérie ait vivement condamné ce coup d’État, mais parce qu’elle n’ignore pas que le colonel Assimi Goïta, chef de la junte malienne, a annoncé, dès son arrivée au pouvoir, le gel de l’accord d’Alger de 2015, et l’a clairement signifié successivement à Ramtane Lamamra, alors ministre des Affaires étrangères, puis à son successeur, Ahmed Attaf, qui s’était rendu lui aussi à Bamako en avril 2023. Une navette interminable sera également menée entre les deux capitales par l’ambassadeur au ministère des affaires étrangères algérien Boudjemaa Delmi, le «Monsieur dossier malien», en vue de sauver l’accord d’Alger. En vain.

Malgré tous ces forcings diplomatiques de l’Algérie, avec en toile de fond son entêtement à vouloir imposer à Goïta l’accord d’Alger, ce dernier a sonné le glas dudit accord en décidant de placer tout le territoire malien, avec l’aide des paramilitaires russes de Wagner, sous le contrôle des seules FAMA (Forces armées maliennes) et d’écarter les mouvements rebelles touaregs armés du nord du pays.

C’est dans le cadre de cette stratégie qu’Assimi Goïta a auparavant exigé le départ successif des forces françaises de l’opération Serval, puis de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), dont le dernier Casque bleu a définitivement quitté le Mali le 11 décembre courant. Si l’ONU et la France, présents au Mali en accord avec ce pays, se sont retirées à sa demande sans faire de vagues et par respect de sa souveraineté, l’Algérie s’est, par contre, arrogé le droit de continuer à interférer dans les affaires intérieures maliennes à travers ce qu’elle appelle son «parrainage» de l’accord d’Alger, alors que les autorités maliennes lui ont ouvertement notifié qu’il est devenu caduc. Une mise sous tutorat qui porte atteinte à la souveraineté du Mali et constitue une grave violation dans les relations entre États.

C’est à cette aune, à savoir des relations algéro-maliennes en dégradation constante depuis l’été 2021, qu’il faut comprendre pourquoi Alger n’a plus cessé ces derniers mois d’accuser le Maroc de vouloir l’évincer du Sahel.

En effet, c’est dans le sillage de la visite d’Ahmed Attaf à Bamako, en avril dernier, que le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré à la chaîne Al Jazeera que le Maroc veut supplanter l’Algérie au Mali et que le Royaume avait été derrière l’enlèvement de deux diplomates algériens dans le nord du Mali, en 2012 déjà. «Nous sommes le seul pays dont des diplomates ont été enlevés au Mali, et nous savons qui est derrière cette action. Elle est l’œuvre d’un État voisin qui a créé une organisation terroriste fantomatique au Mali», avait-il affirmé.

Tout récemment, lors de la visite du roi Mohammed VI à Abu Dhabi, le régime algérien, impuissant face à la détérioration de ses relations avec le Mali, a encore accusé le Maroc d’être l’exécutant d’un prétendu plan israélo-émirati visant à empêcher l’Algérie de prendre pied au Sahel.

À nouveau, depuis mercredi dernier et l’éclatement de la colère malienne contre le régime algérien, suivi d’un ballet de convocations réciproques d’ambassadeurs entre Alger et Bamako, de communiqués des ministres des Affaires étrangères des deux pays, puis le rappel par le Mali de son ambassadeur à Alger pour consultations, la crise algéro-malienne, qui couve depuis plus de deux années, a finalement éclaté au grand jour.

Le Maroc est à nouveau pointé du doigt par les médias algériens comme l’unique responsable de cette quasi-rupture entre Bamako et Alger, et ce, pour avoir organisé ce week-end une réunion à Marrakech avec les pays enclavés du Sahel, dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative du roi Mohammed VI visant à faire accéder ces pays à la façade atlantique.

Selon le site algérien Awras, «le Maroc ne se contente pas de ses attaques constantes et de ses manigances en coulisses, ainsi que de ses alliances avec d’autres pays pour déstabiliser l’Algérie. Cette fois-ci, il recourt à des tentatives plus sournoises visant à détourner les pays du Sahel de l’Algérie, avec lesquels elle entretient des relations positives, en organisant une réunion entre le Maroc et les pays du Sahel». Pour deux autres médias (La Patrie news et Echorouk), «Rabat et Tel-Aviv sont à la manœuvre» et seraient responsable du «coup de froid entre Alger et Bamako».

Le média de la famille du général Khaled Nezzar estime quant à lui que c’est plutôt la France qui est train de revenir au Sahel par le biais du Maroc. Selon cet outil de propagande, habitué à fanfaronner la grandiloquence stérile de l’Algérie, les tentatives du Maroc au Sahel sont vouées à l’échec, car le Royaume «n’a ni l’expérience ni les capacités de défense de l’Algérie voisine pour mener une lutte sérieuse contre le terrorisme ni les moyens financiers pour contribuer au développement des pays du Sahel, à la disposition desquels Alger a mis un milliard de dollars pour ce faire».

D’autres médias comme El Khabar accusent le Maroc, à la Une, de «manœuvrer à crisper les relations entre l’Algérie et les pays de son voisinage». Les accusations des médias algériens visent à maquiller l’essentiel: le régime d’Alger a perdu son influence au Sahel.

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