Gaz, uranium et phosphate : les nouvelles richesses dont la Mauritanie entamera l’exploitation à partir de 2024

Après un taux de croissance de 5,1% prévu en 2024, la Mauritanie devrait enregistrer un taux de croissance de 14,3% en 2025, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Ce sera le taux de croissance le plus élevé du continent africain. Au-delà de l’apport des secteurs traditionnels, notamment l’agriculture et l’élevage, les mines (fer, or et cuivre) et la pêche, c’est le secteur gazier qui porterait cette forte croissance avec le démarrage de l’exploitation du premier gisement gazier du pays. Cette forte croissance du Produit intérieur brut (PIB) pourrait être démultipliée les années suivantes par les démarrages des exploitations d’autres ressources gazières, mais aussi minières, dont le phosphate et l’uranium. De nouvelles ressources qui permettront d’atténuer les fluctuations des recettes engrangées par le fer et l’or.

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Grand Tortue Ahmeyim: des réserves estimées à plus de 450 milliards de m3 de gaz. Une production de 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an à partir de fin 2024 et 10 millions de tonnes à partir de 2030. Un gisement que partagent la Mauritanie et le Sénégal.. DR

Ces trois nouvelles ressources -gaz, phosphate et uranium- vont contribuer à diversifier l’économie mauritanienne et à doper sa croissance grâce à leur impact sur les revenus d’exportation, les finances publiques, la création d’emplois…

Gaz naturel: démarrage avec le gisement Grand Tortue Ahmeyim, en attendant le gisement géant de Bir Allah

La forte croissance à deux chiffres attendue en 2025 sera surtout tirée par le démarrage du gisement gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTH) découvert à la frontière maritime entre la Mauritanie et le Sénégal, et que les deux pays ont décidé d’exploiter et de partager à parts égales. C’est durant le second semestre 2024 que la Mauritanie va intégrer le cercle des pays producteurs et exportateurs de gaz naturel avec le démarrage de l’exploitation de ce gisement. Ce champ offshore à plus de 2700 mètres de profondeur recèle 450 milliards de m3 de gaz et va générer des ressources importantes pour le pays. Sa mise en service et production a été repoussée à fin septembre 2024. Le projet devrait, dans sa Phase 1, produire environ 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an et ce pour une durée minimale de 20 ans. Les phases II et III du projet prévoient de porter cette production à 5 millions de tonnes en 2027 et 10 millions de tonnes à partir de 2030.

Outre les recettes que génèrera l’exploitation de ce gisement, le gaz devrait contribuer au développement économique du pays. Une partie de celui-ci pourrait être affectée à alimenter des centrales thermiques fournissant de l’électricité au pays et accroitre son taux d’électrification encore très faible. De même, ce gaz pourrait aussi contribuer à alimenter le pays en gaz domestique et réduire le recours au charbon de bois pour les cuissons et donc impacter positivement la protection de l’environnement.

Le seul hic est que le projet a cumulé presque 30 mois de retard, alors que la première phase des travaux a connu une explosion des coûts, soit environ 60% des investissements initiaux. Une situation qui a poussé les autorités mauritaniennes et sénégalaises à lancer un audit financier, car les surcoûts de construction auront un impact sur leurs revenus. Ce qui est logique quand on sait que dans le schéma d’exploitation, il y a le «cost oil» (coût pétrolier) qui pèse dans la balance. En effet, c’est après avoir retiré ce coût que les partenaires obtiendront le bénéfice et le profit. C’est dire que les rentrées financières de cette première phase serviront d’abord au remboursement des dettes des sociétés ayant investi dans le projet et il faudrait attendre quelques années pour en tirer des bénéfices.

A noter que la Mauritanie ne va bénéficier au plus que de 10% des revenus du champ Tortue. Selon les experts, la réalisation du GTA devrait générer entre 15 et 19 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour la Mauritanie durant les trois prochaines décennies, soit entre 500 et 630 millions de dollars par an. Tout dépendra de l’évolution du cours du gaz sur le marché mondial. Selon le FMI, au cas où les recettes d’exportations de cette quote-part représenteront 11,6% du total des exportations, la croissance du PIB devrait attendre 14,3% en 2025.

En plus de ce revenu qui correspond à sa quote-part, le pays bénéficiera des impôts et taxes que verseront les partenaires du projet -British Petroleum et Kosmos. C’est dire que le gaz, uniquement avec le projet GTA, devrait générer 25% de recettes complémentaires au profit du Trésor mauritanien, en se basant sur les données de la loi de finances de 2022.

Cette retombée économique sera consolidée par l’exploitation du gisement gazier de Bir Allah, un gisement de classe mondiale. Les réserves de cet important gisement sont estimées entre 80.000 et 110.000 milliards pieds cubes, soit entre 2825 et 3900 milliards de mètres cubes. Avec Bir Allah, la Mauritanie devrait figurer au 4ème rang des pays africains en matière de réserves en gaz, derrière le Nigeria, l’Algérie et le Mozambique. Contrairement à celui de GTA, le gisement Bir Allah est situé entièrement dans les eaux mauritaniennes à environ 60 km au nord du champ GTA et à 100 km des côtes mauritaniennes. Les études de faisabilités étant finalisées, la décision définitive d’investissement dans cet important projet est annoncée pour 2025. De quoi booster davantage la croissance du pays dans les années à venir.

Enfin, un troisième gisement, celui de Banda, découvert avec un potentiel beaucoup moins important de 28 milliards de mètres cubes, mais qui n’est pas propice à l’exportation, peut être exploité au profit du marché local. Il pourra notamment servir à développer le gas-to-power en alimentant une importante centrale à gaz de 400 MW sur près de deux décennies. Cela permettra d’accroître le taux d’électrification et accompagner le développement socio-économique du pays.

Reste que l’impact économique à long terme ne sera réellement ressenti que si les autorités en profitent pour mettre en place un environnement permettant d’accélérer les investissements locaux et étrangers dans le secteur des énergies, mais aussi dans d’autres secteurs dont l’agriculture, l’élevage, et surtout stimuler l’industrialisation du pays en misant sur la transformation, partielle ou totale, des matières premières exploitées localement, notamment les importantes ressources minières du pays (phosphate, fer, or, cuivre…).

Uranium: la Mauritanie, futur second producteur africain après le Niger`

Après le gaz, la Mauritanie devrait aussi faire son entrée dans le club fermé des producteurs et exportateurs d’uranium grâce à l’exploitation de l’uranium dans la région de Tiris El Gharbia. Situé à 650 km de la ville de Zouérate et 450 km de Bir Moghein, la ville la plus au nord du pays, le minerai sera transporté par camions vers Zouerate avant d’être expédié par la voie ferroviaire, comme le fer, vers le port de Nouakchott.

Ce projet est porté par l’australien Aura Energy qui détient 85% du capital de l’entreprise exploitante, le reliquat (15%) revenant à la Mauritanie.

Le gisement «Tiris» a des réserves estimées à près de 62 millions de livres d’uranium et plus de 18,5 millions de livres de pentoxyde de vanadium (V205). Il s’agit de réserves très significatives avec des teneurs très élevées pour l’uranium, entre 350 et 450 PPM.

Selon l’étude de faisabilité déjà bouclée en 2023 et réévaluées depuis, Aura Energy table sur une production annuelle de 1,9 million de livres d’uranium au départ avant d’atteindre 3,5 millions de livres d’uranium, pendant 17 ans.

Le développement de ce projet est d’autant plus intéressant que le contexte actuel est favorable avec la flambée du cours de référence qui a franchi la barre des 100 dollars la livre en février dernier.

En tout cas, le démarrage de l’exploitation de la mine d’uranium de «Tiris» tombe à pic. L’évolution favorable du cours du métal sur le marché mondial est encourageante. En plus, les perspectives du marché d’uranium sont intéressants, car le déclenchement de la guerre Russie-Ukraine a mis à nu la très forte dépendance des Européens des sources énergétiques russes, notamment le gaz. Une situation qui a poussé certains pays, notamment la France et l’Allemagne, à reconsidérer leur politique de désengagement du nucléaire.

Face à cette donne, l’australien Aura Energy se prépare à lancer la construction des infrastructures de la mine mauritanienne de «Tiris». L’entreprise, qui cherche à conclure des accords de vente de sa future production d’uranium, compte boucler rapidement l’investissement du projet cette année afin de lancer sa production dès 2026 et tirer profit d’un marché porté par une forte demande. En effet, de nombreux pays européens ont annoncé leur intention de doubler ou tripler leur production d’énergie nucléaire dans le cadre de leur stratégie visant à mettre fin aux énergies fossiles. Ainsi, selon les projections, la capacité d’énergie nucléaire installée dans le monde pourrait tripler d’ici 2050, soutenant ainsi la demande à long terme. Une situation qui a propulsé le cours de l’uranium au-dessus de la barre des 100 dollars en ce début de 2024, une première depuis 2007, donc largement au-delà des 65 dollars la livre d’uranium sur lesquels s’est appuyée Aura Energy dans son étude de faisabilité. Le cabinet australien Shaw and Partners s’attend même à ce que le prix de l’uranium atteigne la barre des 150 dollars la livre entre 2025 et 2027.

Toutes ces données favorables militent pour une accélération du développement du projet de «Tiris».

Avec l’uranium, la Mauritanie devrait réduire son exposition aux fluctuations des cours du fer et de l’or qui ont représenté plus de 70% des exportations totales du pays en 2022, en attendant l’apport des phosphates.

Phosphate: enfin, l’exploitation en vue

Après des décennies en veilleuse, les phosphates de Bofal seront bientôt exploités. Le gouvernement mauritanien a annoncé, en janvier dernier, le lancement de la phase préparatoire du projet de l’usine de transformation du phosphate extrait des mines de Bofal-Loubeïra, dans la région de Brakna, à 470 km au sud-est de Nouakchott. Il est prévu pour cette année l’acquisition des équipements et la construction des infrastructures.

Selon les premières estimations, les réserves du gisement sont évaluées à plus de 166 millions de tonnes. Toutefois, selon les autorités, ces réserves de phosphates devraient croitre suite aux évaluations ultérieures sachant que l’exploitation porte sur une mine de 48 km2, alors que la superficie totale de Bofal est de 945 km2.

La production devrait débuter début 2025 avec une capacité d’un million de tonnes par an de phosphate concentré pour une durée d’exploitation d’au moins 30 ans.

Le retard de l’exploitation du gisement de Bofal s’explique en grande partie par le problème de transport du phosphate brut du site de production vers le port de Nouakchott. En 2017, un mémorandum d’entente avec un consortium de sociétés chinoises et soudanaises pour la construction d’une voie ferrée reliant la mine au port de Nouakchott (430 km) pour un coût de 620 millions de dollars a été signé. Toutefois, ce projet n’avait pas abouti.

Le lancement du projet en janvier dernier augure de bonnes perspectives. En effet, le projet revêt un caractère stratégique et vital. Il va assurer à l’économie mauritanienne de nouvelles ressources en devises. En effet, dans ce projet, la participation de l’Etat s’élève à 20%, contre 80% pour des actionnaires nationaux et étrangers, notamment saoudiens.

En outre, la transformation du phosphate sur place, avec l’apport du gaz dont l’exploitation démarre cette année, va permettre l’approvisionnement du secteur agricole mauritanien en engrais et booster la production agricole.

Le démarrage de l’exploitation de ces diverses ressources devrait impacter positivement l’économie mauritanienne. D’ailleurs, selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), le pays devrait voir son Produit intérieur brut (PIB) croitre à 14,30% en 2025 et soutenir la croissance durant les années suivantes.

A noter qu’en dehors de ces nouvelles ressources, la Mauritanie exporte diverses autres minerais dont particulièrement le fer, l’or, le cuivre… Et les réserves sont colossales.

Réserves estimées des différentes ressources minières et gazières

Ressources minières et gazièresRéserves prouvées
Minerai de fer10 milliards de tonnes
OrPlus de 150 millions d’onces
CuivrePlus de 28 millions de tonnes
PhosphatesPlus de 250 millions de tonnes
UraniumPlus de 60 millions de livres
Gisement gazier Grand Tortue AhmeyimPlus de 450 milliards de m3 de gaz
Gisement gazier Bir AllahEntre 2825 et 3900 milliards de mètres cubes
Gisement Pandaenviron 1,2 milliards de mètres cubes

Source: compilation de diverses sources

Le fer, exploité par la SNIM (Société nationale industrielle et minière), contrôlée à hauteur de 78,35% par l’Etat mauritanien, le reliquat étant détenu par 5 organisations financières et minière arabes, est le poumon de l’économie mauritanienne. Exploité depuis le début des années 1960, il est la principale source de revenus d’exportation du pays. La production a atteint en 2023 un record de 14 millions de tonnes de minerai de fer.

Le secteur minier représentait, en 2022, 22% du PIB, 30% des recettes du budget de l’Etat et plus de 75% des exportations du pays.

Toutefois, grâce à l’augmentation de la production d’or qui a atteint 538.591 onces en 2022 et à l’envolée du cours du métal jaune (autour de 2000 dollars l’once), ses recettes devraient dépasser celles du fer.

A noter que le sol et le sous-sol mauritaniens sont riches en minerais avec plus de 1000 indicateurs miniers et minéraux répertoriés dont le fer, l’or, le cuivre, le phosphate, l’uranium, la platine, le lithium, le cobalt, le quartz, le diamant, le chrome, le plomb, le zinc, les terres rares… Toutefois, jusqu’à présent, faute d’exploration et d’investissements, ce potentiel est très faiblement exploité. Le cuivre, le fer et l’or sont les seules ressources minières actuellement exploitées.

La situation devrait évoluer rapidement dans les années à venir avec la forte demande mondiale des minerais de transition (cobalt, lithium…) et des terres rares.

Enfin, au-delà des minerais et du potentiel gazier, la Mauritanie revendique également un avantage compétitif dans la production de l’hydrogène vert grâce à son potentiel énorme en énergie renouvelables (solaire et éolien).

Par Moussa Diop

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