Au bout de 3 ans, la « finition » (Par Die Maty Fall)

Au procès Sonko, la barre du tribunal a souvent tremblé sous un flot de mensonges, incohérences, non-dits, cachotteries, reniements, trahisons et retournements de veste. C’était à la fois drôle et triste.

A l’image de l’univers glauque de Sweet Beauty, le spectacle de la misère humaine n’a déroulé ni du doux ni du beau, dans la grandiose enceinte de la salle 4 du Palais de Justice de Dakar. 

Tels ces avocats qui ont jeté leur grandiloquence et leur cliente enceinte aux orties, la laissant sans défense au nom d’une stratégie de défense bien difficile à soutenir. À leurs arguties de défenseurs bien rodées, le Président d’audience a opposé la fermeté et l’expérience du juge.

A contrario, le magistrat du siège et le Procureur de séance ont fait montre d’humanité et d’une patience sans limites envers ce Sénégal de province monté à la Capitale, dont certains sans formation, éducation et préparation, en vue de réussir à Dakar.

En dépit du comportement inadapté, insolent et sans-gêne de certains appelés à la barre, les deux magistrats ont fait preuve de grandeur, magnanimité et mansuétude.

Parfois, nous ne sommes pas passés loin de l’outrage à magistrat, en raison de l’outrance et des abus de langage, délivrés dans la solennité des lieux avec la désinvolture et l’ignorance crasse des Béotiens.

Tant d’impolitesse n’a pas manqué d’arracher des émotions, rires, indignation ou protestations dans l’assistance divisée entre les trois protagonistes: l’homme politique malmené par une affaire de mœurs, la Madame Claude de bas de gamme et la victime partie civile.

Tout comme l’évocation crue des faits intimes salaces et impudiques de vérité humaine, les reniements et la délation pour sauver sa peau, les oublis opportunistes aux questions précises et ciselées des juges.

Sweet Beauty, ton univers est impitoyable, une vraie jungle dans laquelle se côtoie huile, lubrifiant, massages « finition », pénis, vagin, fellation, sodomie, éjaculation, sperme, slips à jeter, nudité, jacuzzi, pilule du lendemain après chaque relation sexuelle non consentie, si l’on en juge par le bestiaire énuméré par les « masseuses ». 

Il est compréhensible qu’après cette entrée en matière très explicite, le Président de séance nous ait épargné la diffusion des audios et vidéos que Me El Hadj Diouf s’apprêtait à faire sur l’écran géant.

La façade écarlate du salon de beauté cachait en fait une véritable industrie pornographique, fondée d’une part sur la cupidité d’une « Madame » stakhanoviste, et de l’autre, sur l’exploitation de la pauvreté et de la misère, au profit de généreux clients amateurs de courbes et de rondeurs bien placées.

A la cadence infernale des trois-huit, matin, midi et soir, couvre-feu ou pas, pandémie de la Covid-19 ou non, des « masseuses » très jeunes, sans formation ni compétence professionnelles, 
dispensaient, sous de jolis surnoms exotiques, dans la promiscuité et sans protection (préservatif) de l’ « intégral », du « savonnage », du « body body », du « sensuel », du jacuzzi « accompagné », le tout avec « finition » bien rémunérée par des clients aux anges. Nous sommes loin du massage thérapeutique….

Comme de coutume, à la barre, les versions changent, tout le contraire des premières déclarations faites devant les enquêteurs. Ce procès n’a pas fait exception. En trois ans, tous les témoins présents à la barre ont eu le temps de refaire une beauté à leur vérité d’avant. 
Tous sauf Adji Raby Sarr. Elle n’a pas varié dans ses déclarations depuis le début, ce qui est constant. C’est étonnant parce qu’elle est harcelée depuis qu’elle a #balancésonporc# et constamment accusée d’être une menteuse par les partisans de son agresseur.

Le témoin à charge Aissata, ancienne meilleure amie et « sœur » de la partie civile, a bien appris sa nouvelle leçon: elle ne sait rien, ne se souvient de rien et ne sait pas faire la différence entre 3 mn et 30 mn. Ses propos semblent cousus de fil blanc car elle prétend avoir appris à faire des massages thérapeutiques, à ses heures perdues, dans le salon où elle officiait comme femme de ménage….

Le médecin qui a examiné et prélevé du liquide séminal bien vivant dans l’appareil génital de la partie civile, est tombé dans une amnésie opportune et ne se souvient plus de rien à la barre, alors qu’il est celui qui a pris en charge et transporté Adji. Heureusement qu’il ne détient pas le code de la paie des pensions de retraite, sinon nous serions foutus.

L’ami et confident venu au secours de la partie civile après la cinquième relation sexuelle non consentie, a lui aussi oublié certaines dates, mais il n’a pas varié dans ses déclarations.

L’ex-gendarme radié a une logique insaisissable. Alors qu’il enquête sur des viols, il dit ne pas s’être intéressé aux lieux où ceux-ci ont été commis. Bizarre bizarre, comme c’est étrange, aurait dit Arletty. Tout lui semble normal à Sweet Beauty, à part des lampes-veilleuse rouge. Qu’a cela ne tienne, le juge lui demande s’il accepterait éventuellement d’aller s’y faire masser, il dit que non. Pourquoi, interroge le juge?  Parce que je n’ai mal nulle part (comme Mezigue). Pas folle la guêpe !

La vérité sur la signification du mot finition contenu dans « massage finition » est enfin venue de la frêle et timide masseuse  qui ne manque pas de courage, car elle a été aussi bien citée par la taulière de Sweet Beauty que par la partie civile. En réalité, c’est l’acte sexuel qui termine tout massage et aussi bien la masseuse que le client sont nus.

La patronne du salon de massage « finition » et son actuel époux ont misé sur le rôle du couple uni et éploré. Lol. Madame a juré ses grands dieux son innocence, feint son ignorance des « finitions » et, c’est son droit, juré sur Dieu et Son Prophète, Paix et Salut sur Lui, et comme si cela ne suffisait pas, sur sa grossesse et son bébé à naître, qu’elle est la crème des patronnes de salons de massage et des taulières de filles accortes et accueillantes. Le mari, qui reconnaît qu’il « ne travaille pas », a souffert lui aussi d’amnésie opportune.

La magistrale et émouvante plaidoirie de Me Anta Mbaye, avocate de la partie civile, a réveillé la torpeur d’une longue journée de procès et bluffé l’assistance. Son intervention tambour battant, très rythmée et habile a mis l’accent sur la définition du viol. En droit sénégalais, le viol se définit comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelques nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». Deux éléments caractérisent cette infraction pénale, qui est punie de 5 à 10 ans : la pénétration sexuelle (ou bucco-génitale) et l’absence de consentement.

Après Mes Adama Fall et Ousmane Thiam, il revenait à l’avocat principal Me El Hadj Diouf de conclure les plaidoiries. Il s’est acquitté de la mission en mettant les rieurs de son côté, à chacune de ses savoureuses saillies contre l’adversaire de la partie civile. 

DMF

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