Monsieur le Ministre,
Votre dernière publication, après la conférence de presse du 1er septembre 2026 du ministre Cheikh Diba, mérite le débat, notamment à la lumière de certaines de vos précédentes analyses lorsque vous étiez membre du gouvernement.
Vous indiquez aujourd’hui que le FMI considère la dette du Sénégal « non viable » et qu’un traitement serait nécessaire pour rétablir sa viabilité.
Pourtant, vous écriviez précédemment : « Il est heureux que le caractère VIABLE de notre dette fasse son bonhomme de chemin. »
Hier : viable. Aujourd’hui : non viable. La situation aurait-elle évolué entre-temps, ou votre lecture des mêmes chiffres aurait-elle changé ?
Vous écriviez également que le marché financier régional permettrait de dépasser la problématique du refinancement. Or refinancer n’est pas désendetter : le rollover repousse l’échéance ; il ne réduit pas nécessairement le stock de dette. Rester scotché sur ce marché allait à terme être intenable.
Et lorsque le ministre Diba indique que 25 % des recettes fiscales servent aujourd’hui aux seuls intérêts de la dette, la priorité devient naturellement la restauration de nos marges budgétaires. Sur 100 FCFA de recettes fiscales, 25 FCFA partent en intérêts : autant de ressources qui ne financent ni les écoles, ni les hôpitaux, ni l’investissement.
Voilà pourquoi le redressement budgétaire est avant tout une nécessité nationale, et non une « punition » du FMI.
Sur la « dette cachée », vous expliquiez, cher Abdourahmane à l’Assemblée nationale qu’elle n’était pas réellement cachée puisque l’État la connaissait et la remboursait, le problème relevant essentiellement de la remontée et de la consolidation des données (déclarations erronées de l’administration centrale avait écrit le FMI).
Vous écrivez aujourd’hui sur la même « dette cachée » qu’il faudra en « élucider les responsabilités ».
Très bien. Élucidons donc sereinement : qui savait quoi ? Quand ? Qui devait consolider ? Qui devait contrôler ? Et pourquoi les chiffres officiels ont-ils autant divergé de la réalité ? Qui envoyer à l’échafaud ? Les mauvais déclarants ? A quelles fins ?
Vous rappelez également, à juste titre, que « rien de durable ne peut se construire sur le mensonge et la dissimulation ». Nous ne pouvons qu’y souscrire. Cette exigence de vérité doit simplement valoir pour les chiffres, les responsabilités et les discours, hier comme aujourd’hui.
Je pense qu’il faut éviter toute confusion entre refinancement et désendettement. La souveraineté économique suppose de retrouver progressivement la capacité de financer nous-mêmes nos priorités.
Le FMI peut accompagner. Il ne peut pas produire à notre place.
La BCEAO peut stabiliser. Elle ne peut pas créer nos entreprises à notre place.
L’État peut réformer. Mais c’est la production qui crée durablement la richesse.
Le cap est donc clair : moins de dette, moins de dépenses improductives, plus d’investissement, de production, de transformation, d’exportation et d’emplois.
Que diantre ! C’est précisément l’enjeu du redressement engagé par l’actuel gouvernement qui cherche sans doute à rétablir les équilibres budgétaires, desserrer la pression de la dette et libérer des marges pour financer durablement l’économie et les priorités nationales.
Il n’y a malheureusement pas d’alternative durable à cet effort.
La dette, elle, a une qualité particulière : la mémoire.
Et les chiffres ont, eux aussi, cette fâcheuse habitude de rester dans les archives.
La souveraineté économique ne se proclame pas. Elle se finance. Et pour la financer, il faut créer de la richesse et pour créer de la richesse, il faut pour l’État (agent économique) dégager des marges d’intervention pour agir, entre autres, au profit des entreprises, des institutions financières et des menages (travailleurs et des consommateurs) afin que la machine fonctionne.
Cordialement
Mamadou NDIONE
Économiste – Écrivain – Logisticien
Maire de Diass
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