Colloque « sur la transition » guinéenne à Paris : le chemin est encore trop long 

S’il fait le chou gras de la presse locale depuis sa première annonce mercredi dernier par le site Africa Intelligence, le colloque « sur la transition » en Guinée, prévu pour le 18 mars prochain à Paris, présente encore plusieurs zones d’ombre. Ce que témoignent les multiples versions qui se racontent sur le sujet au gré des interlocuteurs voire selon les correspondances échangées par les parties concernées.

Pour rappel, il s’agit d’un colloque, initié par le Franco-guinéen, Ismaël Bah, président d’une ONG évoluant en France et en Guinée, qui se tiendra au siège du Sénat français avec la participation pressentie des forces vives guinéennes et de certains députés français. Un événement qui a eu l’adhésion des autorités de la transition au plus haut niveau et celles de certains responsables politiques français et pas des moindres.

Un atout important a priori mais visiblement pas suffisant pour permettre à l’initiateur de se frotter les mains.  En tout cas, dans le paysage politique guinéen, il n’y a pas d’engouement autour du projet. Surtout au niveau des principaux partis politiques du pays, à savoir, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), l’union des forces républicaines (UFR) et le RPG AEC. Par exemple, du côté de ce dernier, un des responsables affirme qu’ils n’ont aucune information sur ce colloque. « Nous ne pensons pas y participer puisque nous n’y sommes pas conviés pour le moment », a répondu ledit responsable de l’ex-parti au pouvoir.

Entre méfiance, réticence et rejet…

Dans le même registre, une de nos sources confiait à Guinéenews à propos l’Ufdg et de l’UFR que « …les leaders ne vont pas y participer ». Tout en précisant qu’en ce qui concerne Sidya Touré, c’est sûr. »  Puis d’ajouter : « je ne vois pas pourquoi Cellou Dalein Diallo y participerait. » Pendant que du côté du gouvernement, une autre source répondait en ces termes :  «il n’y a rien de clair…» Même si votre quotidien électronique sait désormais, en ce qui concerne Conakry, que le ministre des Affaires Etrangères a un tant soit peu travaillé sur le projet. Du moins, selon la lettre écrite par Dr Morissanda Kouyaté à l’initiateur en octobre dernier « sur instruction » du président de la transition en octobre dernier.

A propos des réserves et autres réticences pour ne pas dire rejet de la part des principaux partis politiques, l’initiateur du colloque joint par Guinéenews n’apprécie pas cette attitude et le fait savoir. Sur un ton peu amical, Ismaël Bah rétorque : «si les leaders sont absents, ce sont eux qui vont dérouler le tapis rouge pour les autres ». Et d’ajouter : « … ils ont été invités, mais ce n’est pas une tribune pour eux, ni le CNRD, ni les autres. »

Une posture d’indépendance qui dément a priori les versions qui décrivent Ismaël Bah comme l’avocat de la junte auprès des autorités françaises. Pendant que le président de ‘’Guinée Codéveloppement’’ veut faire valoir sa casquette d’acteur de la société civile laissant de côté celle politique qui revient sans cesse dans les commentaires concernant l’homme.

N’empêche, ce dernier qui voit l’accord de principe donné par le Sénat français pour abriter son colloque comme « du pain béni » pour les Guinéens, assume sa logique selon laquelle « chacun doit prendre ses responsabilités » en Guinée. Surtout que, défend-t-il, « on a un pays en partage ». Déplorant des problèmes d’égo qui caractérisent les leaders politiques guinéens qu’il ne cache pas l’envie de mettre de côté, au nom d’un renouvellement de la classe politique. Même si, à sa décharge, il ne fait pas non plus mystère de sa volonté de voir la fin de la transition militaire le plus rapidement possible.  « Moi, si le CNRD s’en va, c’est acquis », déclare celui qui avoue qu’’’il se bat pour qu’il y ait une autre génération qui gouverne ce pays.’’

Quand tout divise jusqu’au thème 

Une position qui constitue un motif suffisant pour les principaux leaders politiques dans la méfiance qu’ils éprouvent vis-à-vis d’Ismaël Bah. Surtout qu’en plus de la lutte contre la corruption, le changement générationnel dans le paysage politique guinéen est souvent vendu par les proches de la junte au pouvoir.

Sauf qu’au-delà des soupçons et autres arguments que ses détracteurs ont contre lui, le géniteur de l’idée du colloque de Paris n’est pas totalement en harmonie avec le pouvoir militaire non plus. Du moins si l’on en juge par la contradiction évidente sur le thème, selon les interlocuteurs de M. Bah.  Une correspondance dont Guinéenews a reçu copie, Dr Morissanda Kouyaté répondant à une lettre qu’Ismaël Bah a adressée au colonel Doumbouya, écrivait : « sur instruction » de ce dernier que « le président prend acte de votre projet de colloque ». Précisant en ce qui concerne le thème qu’il s’agit de «la transition et la lutte contre la corruption en Guinée. » Alors que pour le président de ‘’Guinée Cdéveloppement’’, le thème, c’est plutôt : « les conditions de réussite de la transition institutionnelle en Guinée. »

C’est d’ailleurs ainsi que le projet a été présenté aux officiels français au nombre desquels le Sénateur du Val-d’Oise et vice-président du Sénat choisi comme parrain de l’événement. En témoigne la lettre adressée au porteur de l’initiative par Alain Richard qui évoquait : «la présence d’intervenants représentatifs, au premier rang desquels monsieur le Premier ministre Bernard Goumou… » Non sans présenter le colloque comme un cadre qui « permettre de mieux cerner les choix institutionnels et les défis socioéconomiques qui se présentent pour la Guinée au cours de cette transition … ».

Mais le ministre des Affaires Etrangères, Dr Morissanda Kouyaté joint par Guinéenews laisse entendre un autre son de cloche. Même s’il confirme que « ce n’est pas le gouvernement guinéen qui organise » et que l’initiative est de Ismaël Bah. Le seul point de convergence avec tout ce que nous avions appris de l’initiateur et ses détracteurs qui ne sont pas rares.

Parmi les divergences à noter dans cet entretien téléphonique, il y a d’abord le fait « qu’il n’y aura aucune délégation gouvernementale là-bas », déclare l’actuel chef de la diplomatie guinéenne.  Et d’insister en ce qui concerne le thème en affirmant que ‘’c’est ce qui est dans ma lettre qui est officiel’’. Avant d’ajouter : « si quelqu’un veut organiser un colloque pour expliquer comment on lutte contre la corruption, on (le gouvernement est d’accord ndlr).

Par ailleurs, souligne-t-il, « il n’est pas question des rapports entre la Guinée et la France qui se traitent à Conakry et à Paris à travers la diplomatie. » Une précision qui a son pesant d’or pour les deux pays, eu égard au contexte géopolitique actuel où les relations entre les anciennes colonies françaises et Paris sont mises à rude épreuve et gérées avec beaucoup de discrétions partout où elles ne sont pas dénoncées et rejetées.

Même si elle ne change pas le fait que le chemin est encore long si ce colloque devrait avoir lieu avec la participation de toutes les parties pressenties.

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