On a souvent répété cette phrase attribuée à René Dumont : « le problème de l’Afrique, c’est l’Africain lui-même ». Une formule dure, discutable sans doute, mais qui, parfois, résonne avec une troublante actualité.
Depuis des décennies, l’Afrique dénonce. Elle dénonce les injustices de l’histoire, la dépossession culturelle, les retards de développement, la marginalisation dans les grandes instances internationales comme Organisation des Nations unies. Elle réclame sa place, exige d’être entendue, aspire à peser dans les décisions qui engagent son avenir. Ce combat est légitime. Il est même nécessaire.
Mais une question s’impose, dérangeante : que faisons-nous lorsque l’opportunité se présente enfin ?
Aujourd’hui, alors que le monde s’ouvre, timidement, à une plus grande représentativité, que des voix africaines peuvent émerger dans les sphères de décision, il arrive que les résistances viennent… de nous-mêmes. Des divisions internes, des rivalités politiques, des calculs à court terme prennent le dessus sur l’intérêt collectif.
Au Sénégal, cela prend une forme encore plus frappante : voir des citoyens s’opposer à la candidature d’un des leurs sur la scène internationale. Non pas seulement au nom d’un débat de fond, mais souvent par réflexe partisan, par méfiance ou par logique de confrontation interne. Pendant ce temps, ailleurs, d’autres nations soutiennent leurs candidats sans hésitation, conscientes que certaines batailles dépassent les clivages locaux.
L’intégration de l’Union africaine au G20, portée notamment sous la présidence de Macky Sall, a montré qu’une Afrique unie peut obtenir des avancées concrètes. Mais ces acquis restent fragiles si, au moment décisif, nous refusons nous-mêmes de les consolider.
Nous réclamons des réformes des institutions internationales, plus de justice, plus de représentation. Mais lorsque nous avons un profil capable de porter cette ambition, sommes-nous prêts à le soutenir collectivement ? Ou préférons-nous rester dans la posture confortable de la dénonciation permanente ?
Et pourtant, malgré nos contradictions, nos divisions et nos hésitations, tout n’est pas définitivement scellé par nos propres limites. Car heureusement, le dernier mot ne revient pas toujours aux hommes, encore moins à leurs calculs ou à leurs querelles passagères. Il appartient à Allah, qui voit au-delà des intentions, qui élève qui Il veut et accorde les responsabilités selon une sagesse qui dépasse nos stratégies humaines. Là où certains ferment des portes, Lui en ouvre d’autres. Là où nous doutons, Lui tranche. Et c’est peut-être dans cette vérité que réside encore l’espoir d’une Afrique capable de se relever, malgré elle-même.
L’Afrique ne pourra véritablement compter que le jour où elle saura transformer ses discours en cohérence, ses ambitions en solidarité et ses opportunités en victoires communes. Car au fond, le véritable défi n’est peut-être pas seulement de trouver une place dans le monde… mais d’apprendre, enfin, à la défendre ensemble.
RAMA SECK
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