« Madame, ne forcez pas le président Sall à briguer à un troisième mandat » (Amadou Gueye)

Lettre ouverte à Marieme Faye Sall

Madame, Ne forcez pas le président Sall à briguer à un troisième mandat.
Comme vous le savez, le Sénégal va aborder un virage présidentiel en 2024, horizon lourd de dangers induits par le forcing d’une candidature à un troisième mandat par le Président Sall.
C’est donc avec gravité et surtout dans le but de susciter de votre part une écoute sage, une profonde réflexion et surtout votre obéissance et votre soumission entière à la loi du pays, que je prends la plume pour vous interpeller publiquement afin de vous inviter à libérer le président Sall de toute obligation de se présenter en 2024.
Qu’auriez-vous à voir dans cette affaire pour qu’un citoyen vous interpelle ? C’est une question rhétorique, pour ne pas dire ironique, selon ce que l’on sait de de votre ascendant sur le président Macky Sall. Cet homme, au-delà de l’époux, est le président du Sénégal, soumis à la constitution du peuple. Malgré les appels à la raison pour qu’il respecte la limite des 2 mandats, il hésite encore, sous l’impératif que vous lui exigez de se présenter. Votre décision cruciale de pousser le président Macky Sall à se présenter en 2024, est le risque d’instabilité no 1 qui pèse sur le Sénégal. Ce forcing coûtera la vie à des sénégalais, va salir l’image du Sénégal, fera régresser notre démocratie et peut-être même aggraver l’instabilité sous régionale déjà fragile. Passons sur les dommages économiques qui seront énormes.
Le Sénégal, malgré tous ses soubresauts durant son histoire démocratique, est encore parvenu à garder le cap et sa stabilité, par des compromis dynamiques, sursauts patriotiques et arrangements singuliers qui ont pu nous faire éviter le pire. Mais à vrai dire, les dangers et sources d’instabilité sont surtout venus des acteurs politiques. La résolution a donc toujours eu des acteurs connus avec qui il était possible de discuter pour remettre les meubles à leur place. Mais il y a aujourd’hui un fait singulier notoire : votre ascendant remarquable et sans précédent sur le président Macky Sall. Cette ascendance est devenue une menace réelle, un vrai problème de sécurité nationale. Ignorer la source de notre danger serait irresponsable.
Dans notre pays, une telle ascendance féminine sur le chef, que les sénégalais n’ignorent pas, mais dont ils ne soupçonnent par la profondeur et l’ampleur, est une question délicate, recouverte de pudeur. Mais lorsque cette pudeur est le voile qui cache un danger collectif, c’est un devoir de l’évoquer pour anticiper. Nul ne devrait en mourir, ni le Sénégal en pâtir.
Au surplus, beaucoup de couples ont une relation particulière dans laquelle la femme assume une position maitresse pour ne pas dire dominante dans les décisions de leur époux. Il y en a des milliers au Sénégal. Cela relève de dynamiques de couples et de personnalités. Autour de nous, il suffit de chercher pour en voir. Ce n’est pas l’objet en question ici. Il s’agit plutôt de prévenir et d’anticiper pour que cette domination au cœur du couple présidentiel ne se traduise pas par la violation de notre constitution, par la mort prévisible de sénégalais et toutes autres conséquences qui en résulteraient.
Faisons la part des choses.
Votre couple présidentiel est peut être charmant et tendre de complicité. Il ne s’agit pas de mettre en question cette belle osmose, ni de vous souhaiter autre chose que du bonheur. Que ce bonheur soit aussi celui de tous les sénégalais, au lieu de crises, morts et violences.
Ensuite, être ou ne pas être avec Macky sall est une chose, mais la fin de ses mandats en 2024 n’est pas une affaire de partisans pour ou contre Macky Sall. C’est une question constitutionnelle élémentaire que seule la malhonnêteté sans honte et l’irresponsabilité peuvent chercher à réinterpréter en essayant d’abord de semer le doute dans la tête des citoyens sénégalais, par des arguties et débats politiciens fallacieux suscités pour permettre au conseil constitutionnel de s’engouffrer dans un prétendu exercice d’interprétation. En réalité, tout cet exercice de tromperie, d’escroquerie intellectuelle et de trahison n’a lieu que parce que le président Macky Sall, subit de votre part l’impératif d’un forcing pour 2024.
Le président Sall n’est pas absolument et intrinsèquement obsédé par un 3eme mandat. Il est par contre totalement obéissant à vos décisions. Cela pourrait s’accepter de l’époux qu’il est, et même lui valoir toute votre affection. Mais il se trouve qu’il est le président de la République du Sénégal. Dans les circonstances normales, les sénégalais se sont accommodés de cette situation connue. Mais le danger enfle sans que la mouvance présidentielle ne trouve de parade ou moyen subtile de lui faire accepter la réalité de la fin de ses mandats.
Tous les prétendus candidats du camp présidentiel ont fini d’être soumis, terrorisés, mis au pas, tous, répétant l’ordre de ne pas se prononcer sur 2024, excepté pour dire que le président Macky Sall peut se présenter. Il en est ainsi parce que vous commandez leur chef. Cette situation cocasse et bien réelle oblige à organiser une ligne de défense contre cette ascendance que vous avez sur lui et qui pourrait nous valoir un pays en crise très bientôt.
Les sénégalais, ne peuvent s’imaginer l’étendue du pouvoir que vous avez sur le président. Sa fonction le couvre d’une armature d’honorabilité et de caractère qu’ils pensent imprenable par une dame. Mais, la réalité est tout autre. Ce n’est pas le lieu de s’interroger sur le pourquoi. Peu importe. Ce qui importe c’est le trop plein de ce pouvoir et ses conséquences prévisibles. Y faire face, c’est interpeller la principale personne concernée pour la mettre en demeure. A ce titre, votre responsabilité est réelle, principale et directe.
Nul ne nie votre privilège rare et certes honorable que d’être l’épouse d’un chef d’Etat. Votre arrivée a été saluée par certains comme celle d’une sénégalaise originale, bon teint. Mais tout cela n’est qu’artifice. Comme vous le savez, le teint est une apparence malléable à dessein. Le fonds est de loin plus important. De ce point de vue, les épouses des présidents du Sénégal qui vous ont précédée, française ou métisse, malgré toute l’influence qu’elles aient pu exercer dans la vie publique, n’ont jamais atteint un tel niveau d’ascendance sur le président de la République du Sénégal. Nous avons avec vous une présidence exceptionnelle, marquée par la capacité d’une femme de renverser la décision du président.
Certes, les influences de proches sont naturelles. Mais lorsque l’ascendance relève du commandement de la décision d’un président de la République, cela devient inacceptable. Vous vous en cachez à peine. Ce n’est pas une mauvaise chose, si finalement cela permet de situer la source de la décision, la responsable de ce qui pourrait mener le Sénégal dans l’impasse et le chaos qui résulterait d’un forcing pour un troisième mandat.
Déjà, votre responsabilité est entière en ce que vos courtisans et fantassins politiques qui veulent faire plaisir au président Sall et à vous, ont déjà commencé à théoriser la violation de la constitution. Il faudra ensuite organiser la corruption du conseil constitutionnel pour arriver à imposer cette théorie et organiser une répression sanglante qui sera forcément fatale à des sénégalais pour imposer cette 3eme candidature. Pour cela, il faudra aussi l’obéissance aveugle de chefs des forces répressives par tous les moyens nécessaires, incluant la corruption, la menace, le chantage, la promotion, etc.
Autant dire que le forcing que vous imposez au président Sall est un chemin de crimes qui feront l’objet de poursuites. Pouvez-vous être consciente de tout cela et ne pas faire marche arrière ? Pensez-vous que tous ces actes iront sans conséquences pour vous s’ils sont commis ? Certainement non. Par contre, si vous restez dans votre rôle d’épouse, soumise à la constitution en respectant la limitation imposée au président Sall, votre protection sera garantie par tous les sénégalais qui veulent la stabilité et la préfèrent à toute poursuite contre vous ou un quelconque membre de votre famille.
Les sénégalais ont besoin de prendre le virage de 2024, pour un nouveau départ, avec un successeur du président Sall, qu’il soit de sa mouvance présidentielle ou non. Si vous œuvrez pour que le président Macky Sall reste dans la ligne des présidents respectueux de la constitution de leur pays et la limitation de leur mandats, vous aurez plus que la satisfaction des sénégalais. Vous aurez une ligne de défense populaire contre tout futur dirigeant qui serait tenté de vous poursuivre, vous ou un membre de votre famille.
Les sénégalais ont besoin de consacrer les prochains 18 mois à préparer discuter et préparer une transition pacifique du pouvoir, sans incertitude sur le futur, sans peur et sans crainte de violences. Les sénégalais ont besoin de reprendre confiance dans leurs institutions. Ils ont besoin de dépasser ce traumatisme du troisième mandat avec un président qui acceptera la règle de la limitation des deux mandats. Ils ont besoin de savoir qu’ils ont un président honnête, des juges du conseil constitutionnel honnêtes. Cette vertu cardinale si simple est devenue rare à force de postures et manipulations indignes sur des dispositions évidentes. Les forces de défense et de sécurité ont besoin de reprendre leur intégrité, en restant des forces qui ne défendent que des causes moralement justes pour et non contre le peuple. Le Sénégal a besoin de se hisser au niveau de ses aspirations qui ont motivé tant de luttes démocratiques. Le Sénégal a besoin d’honorer ses martyrs en 2024, avec une élection sans forcing qui marquera la victoire de toutes les forces qui ont lutté pour le respect de la constitution.
Vous êtes à la croisée de ces victoires et menaces sur notre pays. Respectez la constitution et laissez le président de la république sortir par la grande porte. Nul mal ne vous sera fait. Vous porterez la gloire du Sénégal en y laissant la paix. Votre responsabilité est engagée.

Amadou Gueye, initiateur de Terminus 2012
Président de Unis

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